OUARDIA suite
On ne put rien faire pour arranger
la situation et il fallut patienter. Le beau temps revint enfin et avec lui,
la chaleur. Une chaleur insoutenable, propre au Nord de
la France. Mais au bout de huit jours tout avait séché au point qu’il fallut de nouveau arroser le jardin. Ouardia et Baya avait nettoyé la cave de la maison paternelle et avait ensuite étalé le reste de charbon de l’hiver précédent qui avait été submergé par l’eau. Par la suite, les deux filles avaient aidé Angèle à nettoyer son sous-sol.
On était déjà le 10 août et aucune nouvelle n’était arrivée de Tizi. Ouardia s’impatientait et ne savait plus quoi faire pour tromper son ennui. Baya passait le sien à lire des « Nous deux » revue à laquelle Angèle était abonnée. Elle pouvait passer des heures à parcourir ces magazines. Et il ne fallait pas la déranger dans ces moments d’évasion. Sinon, c’était des disputes qui n’en finissaient plus entre les deux filles. Quant à Achour, il était dans la rue presque toute
la journée. Il ne rentrait à la maison que pour manger et dormir. Il n’emmenait plus sa grand-mère au jardin. Ouardia s’en chargeait puis arrosait les tomates et les haricots verts qui commençaient à germer. Elle pensa que son père serait content de voir comment elle avait pris soin de son potager. Ouardia discutait avec Aini jusqu’à ce que la vieille dame s’endormît sur son socle, allongée sur le foulard qu’elle y avait étalé. Pendant ce temps-là, la jeune fille se rendait au poulailler pour y ramasser les œufs qu’elle apportait chaque jour à Angèle, ou nourrissait les lapins qui s’étaient multipliés. Deux lapines avaient eu vingt-cinq petits. Ouardia avait pris soin de séparer les mâles des femelles car comme sa mère le lui avait dit, les lapins pouvaient manger les petits.
Les jours défilaient et plus la fin du mois approchait, plus les enfants étaient impatients de revoir leurs parents. Il leur semblait que les jours s’éloignaient ou s’allongeaient. Enfin, ce fut le dernier jour. Les enfants étaient intenables. Ouardia et Baya s’étaient empressées de déménager leurs affaires ainsi que celles de Achour et de leur grand-mère puis s’étaient rendues dans
la maison. Elles avaient vérifié que tout était en ordre. Leurs parents pouvaient venir maintenant. On passa la dernière nuit dans
la maison. Le lendemain, ce fut l’effervescence. Achour ne tenait plus en place et s'était posté au coin de la rue pour voir venir. Il rentrait puis sortait sans cesse de la maison et finit par exaspérer sa grande sœur qui le chassa et ferma la porte violemment derrière lui.
Vers deux heures de l’après-midi enfin, un taxi s’arrêta devant la maison et les enfants en sortirent les premiers. Ils se précipitèrent tout de suite pour rejoindre leurs aînés et ils sautaient de joie d’être revenus chez eux. Soudainement, la maison avait retrouvé son animation. Les enfants embrassèrent leurs parents avec amour. Achour aida à entrer les bagages, tout fier d’en avoir
la charge. Pour ses onze ans il était fort et ses camarades craignaient sa poigne. Aichouche, à qui sa mère avait vraiment manqué, embrassait Aini et la serrait dans ses bras. Ouardia mangeait Nouara de baisers. Elle aimait la petite plus que les autres car c’était elle qui l’élevait. Zhor et Chabane reprenaient bruyamment possession de leur territoire. Dans la soirée, Lounes , Ali et Amar vinrent voir leur sœur. Ouardia en fut contrariée car elle voulait que cette journée de retrouvailles n’appartînt qu’à sa famille. Hassen, à la vue de ses beaux-frères, se renfrogna. Il était sûr que les mauvaises habitudes se réinstalleraient rapidement. De toute façon, ils lui avaient gâché son plaisir. Mais comme d’habitude, il se résigna et fit contre mauvaise fortune bon cœur. Comme s'il n'était jamais parti, il reprit sa place près du poèle dans la salle à manger et plongea dans une méditation qui lui était propre. Ouardia ruminait sa colère, impuissante qu'elle était de pouvoir changer les choses.
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