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Mardi 17 Juin 2008

OUARDIA suite 

 

                   Les deux femmes évitaient de se regarder et restèrent silencieuses. La vieille cuisinière à charbon ronronnait car Hassen venait de la remplir. Le charmant bruit remplissait la pièce de quiétude et Ouardia se sentit envahie d’un bien-être inattendu vu la tension, perceptible malgré tout, qui régnait entre elle et sa mère. Mais elle s’y laissa aller et ferma à demi les yeux. Soudain une cavalcade se fit entendre dans l’escalier. Les deux femmes ne furent pas surprises car c’était ainsi chaque matin. Djoher et Chabane rivalisaient de vitesse, à qui arriverait le premier en bas. Ce fut comme de bien entendu Chabane qui poussa la porte de la cuisine en vainqueur suivi de Djoher, rouge et essoufflée. Ils s’assirent à la table après avoir embrassé leur mère qui les gronda pour le bruit qu’ils avaient fait sans prendre garde que leur père dormait.

                    Quand tout le monde fut réveillé, Ouardia s’attela aux tâches ménagères quotidiennes. Pendant que Aichouche s’occupait de la sempiternelle soupe aux légumes, Ouardia prit en charge la toilette du bébé bien dodu qu’était devenu Farid puis elle le donna à sa mère qui l’allaita. Le bébé était glouton et on entendait distinctement le bruit qu’il faisait en avalant le lait maternel. Repu, il s’endormait la bouche ouverte, souriant aux anges. Aichouche le mettait au lit et continuait à vaquer à ses occupations. Zhor surveillait Nouara. Djoher et Chabane jouaient dans le jardin. Baya aidait Ouardia au ménage, en rechignant comme de coutume. Aichouche s’occupait aussi de sa mère qu’il fallait changer régulièrement. Heureusement cette année-là Hassen avait acheté une machine à laver pour soulager Aichouche des corvées de linge. Quand Aini était propre, Achour l’emmenait au jardin où ils restaient jusqu’à l’heure du déjeuner. Le jeune garçon discutait alors de tout avec sa grand-mère. Elle lui racontait souvent de vieilles histoires qui avaient eu lieu au bled et l’adolescent qui les avait entendues cent fois les réécoutait patiemment, feignant d’être surpris à chaque fois.

                 Les vacances s’achevaient sous un soleil de plomb. Il n’avait pas plu depuis les inondations. Un matin de septembre, toute la famille était dans le jardin à cueillir les légumes mûrs : tomates, haricots verts, piments, salade qui n’avaient pas encore été consommés. Hassen voulait laisser la terre reposer un moment avant de planter les pommes de terre qu’il récolterait début décembre. Ce matin-là, Lounès qui passait par là vint leur rendre visite. Quand Hassen l’aperçut, il ne put réprimer une grimace qui n’échappa pas à Lounès. Celui-ci n’était pas venu seul. Denise l’accompagnait ainsi que le jeune homme que Ouardia avait aperçu chez lui. La grimace de Hassen s’accentua car il n’aimait pas Denise. Il pensait que la situation que son beau-frère vivait n’était pas un bon exemple pour ses enfants. Mais Lounès ignorait Hassen qui rageait à chaque fois qu’il les voyait ensemble. Il présenta l’homme comme étant de ses amis. Il s’appelait Ahmed et n’était arrivé du bled que depuis peu. Il avait trouvé du travail comme cariste dans une entreprise sise à Tourcoing et s’occupait, au besoin, de manutention. Il travaillait de jour et possédait un petit logement dans la rue Dombasle , entre Roubaix et Tourcoing.

                Après les présentations, Lounès prit sa sœur par le bras et s’éloigna avec elle au fond du jardin. Hassen regarda, étonné, le manège.

 

     

 

 

 

publié par reac dans: reac

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