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Mardi 27 Mai 2008

 

 

                             Les enfants et leur grand-mère attendaient chaque jour le facteur devant la porte dans l’espoir qu’il y eût une lettre venue du bled. Mais ils attendirent en vain. De toute façon, Hassen n’écrivait jamais, même quand il vivait seul en France. Il préférait envoyer des nouvelles par l’intermédiaire de ceux qui traversaient la Méditerranée pour rendre visite à leur famille.

 

                             Chaque jour pour tuer le temps, Ouardia et Baya faisaient le ménage à la maison qui n’avait pas besoin d’être nettoyée. Mais comme elles se languissaient de leurs parents, ce ménage devenait une échappatoire à l’ennui. Pendant qu’elles étaient dans la maison, Achour et Aini étaient dans le jardin. L’enfant prenait le tuyau d’arrosage et s’occupait des semis. Aini, elle, assise sur le socle en béton, lézardait au soleil. Quand Achour lui disait d’aller à l’ombre elle refusait arguant du fait que l’astre lui réchauffait les os. Achour abandonnait la partie sachant que son aieule était têtue. A midi, tout le monde rentrait chez Angèle qui leur servait le déjeuner, en général, de la carbonade dont Achour raffolait. Aini s’endormait aussitôt la dernière bouchée avalée et Ouardia faisait la vaisselle aidée en cela par Danièle qui ne rechignait jamais à l’ouvrage à l’inverse de Nicole qui se faisait prier.

 

                         A la mi-août, le ciel se couvrit comme il ne s’était jamais couvert. Des nuages bas et menaçants couraient dans le ciel et n’annonçaient rien de bon. Ouardia se rendit au jardin puis au poulailler où elle enferma les volailles piaillant dans la cabane dont elle ferma la porte au cadenas. Elle s’assura que les clapiers étaient protégés de la pluie. Puis elle rentra en courant dans la maison et ferma les fenêtres qui restaient ouvertes une bonne partie de la journée. Enfin , elle rev int chez Angèle au moment où les premiers éclairs sillonnaient le ciel de leur langue de feu. De grosses gouttes s’étaient mises à tomber et une odeur de terre mouillée que Ouardia trouva délicieuse, s’évapora du sol assoiffé. Elle se précipita dans la maison et poussa rapidement la porte, apeurée par les grondements du tonnerre et les éclairs éblouissants et bleutés qui déchiraient les nues. La pluie et la grêle s’étaient unies pour produire le bruit étourdissant qu’elles faisaient en frappant sur les tuiles de la maison. Les enfants étaient blottis dans leur lit, effrayés par ce déchaînement de la nature. Ouardia avait serré contre elle ses frère et sœur et écoutait avec crainte tout ce qui  se passait dehors. Elle n’arrivait pas à fermer l’œil. Aini, dont le lit avait été posé à même le sol dans un coin de la chambre, dormait comme une bienheureuse. Rien ne la dérangeait et on entendait son léger ronflement dans le silence de la pièce. Parfois le bruit de la foudre qui tombait on ne savait où fracassait cette apparente quiétude. Des lueurs fulgurantes brisaient l’obscurité du lieu et Ouardia serrait alors un peu plus fort Baya et Achour contre elle. La pluie tomba ainsi toute la nuit.Le lendemain, dans le quartier il y avait une inondation. L'Espierre était sortie de son  lit et les passants pataugeaient dans la rue. Les uns avaient enlevé leurs chaussures, les autres plus prudents les avaient gardées et fendaient l'eau stagnante avec précaution. Certains riaient de cette situation somme toute, cocasse.

                   Le lendemain la chaleur était moite et étouffante. La terre exhalait une vapeur oppressante presque irrespirable. On eût dit qu’elle respirait enfin après la longue période de sécheresse qu’elle avait endurée. C’était pénible et ce jour-là, on sortit peu. Mais Ouardia se rendit quand même à la maison paternelle. Là elle constata les dégâts que la pluie avait causés. Il y avait une gouttière dans les plafonds de sa chambre et de celle de ses parents. Le lit conjugal était trempé. Ouardia sortit les couvertures et les draps et les mit sur la corde à linge du jardin. Sa chambre avait eu plus de chance : c’était le sol qui était détrempé. Elle épongea l’eau puis retourna chez Angèle.

 

 

 

                           

 

                          

 

                       

 

 

 

 

 

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Samedi 17 Mai 2008

 

 

 

                     A la sortie de la gare, Hassen héla un taxi où toute la famille s’engouffra. Direction : le port. Là, ils embarquèrent sur le vieux bateau que Hassen connaissait très bien pour avoir fait plusieurs fois le trajet Alger-Marseille et retour à son bord. Hassen se demandait comment le vieux raffiot pouvait encore faire le voyage.Il y avait sur le quai un monde fou qui courait dans tous les sens. Les passagers se massaient comme ils pouvaient devant le bateau qui n’avait pas encore descendu sa passerelle. Les enfants excédés par l’attente sous un soleil accablant braillaient tant qu’ils pouvaient. Le quai grouillait de marins en uniforme et leur béret à pompons était très sollicité. Ils se pliaient aimablement aux désirs des personnes voulant s’accorder l’aide d’un porte-bonheur avant de prendre la mer. Les jeunes marins trouvaient cela drôle et baissaient la tête pour permettre aux superstitieux de toucher le petit pompon rouge. Hassen regardait le spectacle amusé par la naiveté des gens.. Enfin la passerelle fut baissée et les passagers commencèrent à monter sur le bateau. Hassen avait remarqué que sa ligne de flottaison était ceinturée par une large bande de rouille. Il fit machinalement un souhait en son for intérieur. Après plus de trois heures d’attente puis de bousculade, la petite famille fut enfin installée dans une cabine. On dut encore patienter plusieurs heures avant de partir. Enfin le sol se mit à trembler. Le bateau s’éloignait doucement du quai.  

 

 

le paquebot Ville d
                                                                                                                                       Pendant ce temps là, à Wattrelos, Ouardia, Baya et Achour se réveillaient.Angèle, pas encore saoule à cette heure-là, leur avait préparé un petit déjeuner. Elle avait disposé de grands bols blancs, tout simples sur la table et un pot de café au lait fumait sur le bord de la cuisinière. Il y avait aussi du pain, du beurre et, tradition ch’ti obligée, du maroilles dont l’odeur de « vieille chaussette sale », selon l’expression de Ouardia, remplissait la cuisine. Angèle adorait ce fromage et elle faisait d’excellentes flamiches dont ses enfants raffolaient. Mais Ouardia et ses frère et sœur ne connaissaient pas la saveur de ce fromage et ils ne l’apprécièrent pas à cause de l’odeur très forte qu’il dégageait et qui faisait tout son charme pour Angèle. Celle-ci fut déçue par l’attitude des enfants. Elle insista pour qu’ils en mangeassent mais rien n’y fit et Baya eut même le hoquet. Angèle se tut et continua à siroter son café en silence. Elle le prenait comme les gens du Nord. Elle mettait un petit bout de sucre sur la langue puis prenait une gorgée de café qui le faisait fondre, enfin elle avalait avec délectation le liquide odorant et brûlant. Généralement, les enfants prenaient leur repas avec les enfants d’Angèle mais sans Amar qui dormait  tard car il travaillait la nuit.Parfois, ils recevaient la visite de Lounès et de Denise ou bien celle d’Ali qui venaient voir leur mère. Aini en effet était chez Amar. Aichouche l’avait laissée derrière elle mais avait recommandé à ses filles de prendre soin d’elle. Ainsi Ouardia l’emmenait chaque après-midi  au jardin lorsqu’elle arrosait les légumes. Puis elle se rendait dans la maison paternelle où la vieille femme faisait la sieste. Pendant ce temps là, Ouardia aidée de Baya faisait un peu de ménage, ouvrait les fenêtres pour aérer les chambres. Achour, lui, jouait au ballon avec les garçons du quartier. Les journées passèrent ainsi.

 

 

 

                           

 

                          

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

                           

 

 

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Mercredi 14 Mai 2008

 

                                OUARDIA suite

 

 

 

 

                                      Dans le quartier on oublia vite Julien. La nouvelle année était arrivée et avec elle, la visite chez Verel, les cadeaux et même Nouara eut le sien

 

 

 Hassen avait reçu une bonne prime de l’usine et d’un commun accord avec Aichouche, il fut décidé d’employer ce pécule pour faire un voyage au pays. Aichouche mit donc cet argent dans une caissette dorée dans laquelle elle gardait tout ce qu’elle avait de précieux. Elle possédait un collier de vingt louis d’or qui était dans la famille depuis deux générations. Elle gardait aussi les bijoux en argent de sa mère. Il y avait deux gros bracelets de cheville, deux bracelets de poignets, une jolie broche sertie de coraux et un collier à breloques multicolores. Elle plaça la liasse de billets de banque sous les bijoux se promettant de ne jamais y toucher.

 

 

                      Les jours passèrent et jusqu’au mois d’avril, Aichouche reçut la visite quotidienne de mademoiselle Georges qui venait chercher le lait pour les bébés. En mai elle ne vint plus. Il y avait juste assez de lait pour Nouara qui était plutôt gloutonne. Un jour de mai, Aichouche qui faisait le ménage avec Ouardia,eut un malaise et s’effondra. Ouardia se mit à hurler et Hassen qui était au garage à bricoler la voiture d’occasion qu’il venait d’acquérir accourut, alarmé. Il vit sa femme évanouie dans une mare de sang et comprit tout de suite qu’elle faisait une fausse couche. On appela les secours qui vinrent immédiatement et Aichouche se retrouva à l’hôpital où elle resta quatre jours.Heureusement l’établissement n’était pas très éloigné de la maison et Ouardia lui amenait la petite quatre fois pas jour pour l’allaiter. Le service étant très aseptisé, le mèdecin-chef avait autorisé ces visites exceptionnelles. Nouara commençait son sevrage et quand elle avait faim, Ouardia lui préparait une bouillie qui la rassasiait et la faisait dormir.

 

 

                           Aichouche rentra à la maison et ce fut bientôt la routine. Aichouche pensait à organiser son départ. Bien que Amar et Angèle habitassent la maison d’à côté, elle avait décidé de laisser les enfants chez eux. Elle prendrait les petits avec elle et laisserait Ouardia, Achour et Baya chez son frère. Ouardia pleura beaucoup quand elle apprit qu’elle ne serait pas du voyage. Elle n’adressait que très rarement la parole à sa mère en guise de protestation mais rien n’y fit. Achour et Baya n’eurent aucune réaction et acceptèrent sans problème la situation.

 

 

                        Le moment du départ approchait et Hassen donna à Ouardia des consignes qu’elle se devait d’appliquer. D’abord c’était la surveillance de ses frère et sœur, ensuite c’était l’arrosage du jardin. Il avait planté des tomates, des haricots,des aubergines, des courgettes. Autant de légumes qui avaient besoin d’être arrosés. Il fallait le faire régulièrement et le soir. Ouardia, outre le jardin, devrait s’occuper des poules et des lapins de Aichouche. Les  trois enfants devaient dormir chez leur oncle mais pouvaient rester pendant la journée dans la maison paternelle.

 

 

                  Quelques jours avant le départ, Aichouche et Hassen achetèrent les cadeaux d’usage pour la famille. Ils vêtirent les petits de pied en cap. Aichouche boucla les valises. Enfin, on fut prêts à partir. Après les ultimes recommandations, on se quitta en pleurant comme d’habitude. Lounès les emmena à la gare de Roubaix. Le voyage serait long en train jusqu’à Marseille où il devraient prendre un bâteau pour Alger. Le train s’éloigna peu à peu dans un grand fracas qui effraya les enfants mais bientôt le rythme régulier du wagon en marche les fit s’endormir jusqu’à Paris. A la gare de Lyon, ils prirent un autre train qui les emmena à Marseille après presque une nuit de voyage.

 

 

 

 

 

                           

 

 

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Mardi 13 Mai 2008

 

 

                             Au bout d’une semaine, Aichouche quitta son lit et reprit peu à peu ses activités au grand soulagement de Ouardia qui étouffait à la maison. Durant tout le temps qu’elle s’était occupée de sa mère, elle n’avait pas mis le nez dehors. Même les petits étaient emmenés à l’école par Baya. Enfin, elle reprendrait son rôle. A l’extérieur, son amoureux transi faisait les cent pas devant la porte en faisant en sorte que son impatience ne parût pas. Julien encaissait chaque jour les moqueries de ses camarades mais il ne s’en offusquait pas. Il en riait même. Le jour où Ouardia sortit, il était là, comme un chien battu en quête de nourriture. Ils se regardèrent furtivement puis Julien la suivit en changeant de trottoir. Ouardia pressa le pas. Elle ne voulait surtout pas qu’il l’abordât. Elle craignait son père. Le jeune homme était là, derrière elle. Ouardia laissa les petits à l’école, puis, décidée, elle se dirigea vers son soupirant. Il sourit en la voyant venir vers lui. Etait-ce son jour de chance ? Il tressaillit en voyant le visage rouge de Ouardia. Ce n’était pas bon signe. Effectivement, la jeune fille excédée lui enjoignit fermement de ne plus la suivre. Il ne l’intéressait pas. Elle ne voulait pas de lui. Interloqué, Julien se tut et regarda la jeune fille s’éloigner sans réagir. Ouardia courait presque mais Julien ne chercha pas à la rattraper. Il s’en retourna vers le quartier à pas lents et, perdu dans ses pensées, il traversa la rue sans précaution.Plus tard il se réveilla dans une chambre d’hôpital. Une voiture l’avait renversé. Ce n’était pas grave, le choc l’avait étourdi et il avait perdu connaissance. On l’avait simplement gardé en observation. Il sortit de l’hôpital trois jours plus tard. Il fut reçu chaleureusement par ses amis qui étaient tous allés le voir. Pendant une semaine il resta chez lui mais bientôt il se remit en poste devant la maison de Hassen. Comment pourrait-il aborder Ouardia ?. C’était sa principale préoccupation. Julien, qui était fils d’ouvrier textile, avait quitté l’école très tôt. Il n’avait pas eu son certificat d’étude. Il était le cinquième d’une famille de sept enfants. Il était grand, mince. Ses cheveux étaient blonds et raides comme ceux de sa mère mais il avait les yeux marron clair. Il était charmant  et très  agréable à regarder. Pour briser son oisiveté, il proposait aux habitants de la cité de faire leurs courses. Il gagnait ainsi quelques pièces qui lui évitaient d’aller quémander chez ses parents qui, il le savait bien, ne l’auraient pas dépanné. Au contraire il aurait eu droit au perpétuel sermon qu’il détestait entendre.

 

                                 Ouardia observait le manège de Julien devant la porte et se demandait quand il renoncerait. Mais chaque jour il était là. Ouardia se demanda comment il se faisait que Hassen ne l’eût pas encore remarqué. Elle appréhendait ce moment et lorsqu’elle sortait une angoisse indicible la prenait. Mais un beau jour,elle ne le vit plus. Il ne la suivait plus. Elle se demandait pourquoi. Il lui manquait, c’était le comble. Et puis elle comprit. Julien éconduit par Ouardia, s’intéressait maintenant à Baya. Ouardia en fut verte de jalousie. Baya, peu encline aux tâches ménagères, était toujours dans la rue avec les filles du quartier. Julien l’avait remarquée, son coeur battait maintenant pour elle et le sentiment était réciproque. Alors Julien décida de se montrer audacieux et un soir, il surveilla le départ de Hassen pour l’usine et entreprit d’escalader le mur de la maison pour atteindre la chambre des deux jeunes filles qui ne se doutaient de rien. Leste comme un singe, l'intrépide garçon s’accrocha au rosier grimpant qui couvrait le mur. Mais la plante ne supporta pas son poids et se déchira au moment où il allait atteindre l’appui de fenêtre. Il poussa un cri sourd en tombant entraînant dans sa chute le rosier que Hassen avait eu tant de mal à apprivoiser. Julien resta immobile puis voyant la lumière s’allumer, il prit la fuite sans demander son reste. On ne le revit plus. On apprit bientôt que les Vooters avaient déménagé et étaient partis habiter dans le Pas de Calais. La chute du rosier fut imputée à un gros chat et on n’en parla plus jamais

 

 

 

                           

 

                          

 

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Dimanche 11 Mai 2008

                                     OUARDIA suite

 

                                  Djoher eut du mal à s’habituer au changement mais après la crise habituelle et deux, trois taloches de la part de Ouardia, tout rentra dans l'ordre.

                          Parfois, le dimanche, Aichouche recevait la visite de ses frères et Hassen était totalement exclu du cercle de famille. Ouardia qui voyait le manège en était ulcérée. Elle ignorait pourquoi sa mère se comportait de cette façon. Pour la fillette, être en France ne représentait pas le bonheur car pauvres comme ils étaient au bled, il lui semblait qu’ils étaient sinon plus heureux du moins plus unis. Elle rageait lorsqu’elle voyait son père sortir de la maison et se réfugier dans le jardin. Elle avait compris l’attitude de Hassen. Il était impuissant contre le clan qui se formait régulièrement et qui prenait possession de sa maison sans scrupule, en l’ignorant complètement. Du jardin, il entendait rire ses beaux-frères qui sans nul doute le narguaient. Hassen ne rentrait chez lui que lorsqu’ils quittaient la maison. Parfois , Amar venait le saluer et demeurait un moment avec lui assis sur le siège de Aini. Ils parlaient de choses et d’autres, et disaient souvent des banalités. Amar apportait invariablement avec lui un sachet de carambars qu’il distribuait aux petits, attachés à ses basques. Amar était celui de ses beaux-frères que Hassen appréciait le mieux mais les deux hommes n’entretenaient qu’une entente cordiale sans plus. Chaque soir, Ali s’invitait sous prétexte de voir sa mère. Alors, Hassen faisait mine de préparer son sac de travail puis il quittait la maison sans un mot et se rendait à l'usine. Ali qui se retrouvait seul avec sa sœur ne ratait pas l’occasion de le critiquer et il n’était pas rare que Ouardia se mêlât de la conservation pour protester. Aichouche la chassait alors et le cœur plein de rancune ravalée, Ouardia montait dans sa chambre et se mettait à pleurer. Dans ces moments de détresse, elle détestait ses oncles.Elle ne supportait plus cette ambiance de complot qui mettait comme une chappe de plomb sur la maison. Quand ses oncles étaient là, Ouardia étouffait et avait hâte qu’ils repartissent. Elle regardait son père avec pitié. Elle essayait bien de l’occuper par son bavardage mais elle y renonçait bien vite se rendant compte qu’il ne l’écoutait pas. Désarmée, elle le laissait en proie à ses réflexions. Elle allait vaquer à ses occupations le cœur serré, se demandant jusqu’où cette situation les mènerait

 

                                  Ouardia avait fort à faire en cette fin d’année. Le 6 décembre, Aichouche mit au monde une petite fille qu’on prénomma Nouara. Elle avait donné du fil à retordre à sa mère car elle était bien portante. Aichouche avait accouché à la maison et outre mademoiselle Georges et mademoiselle de Flandres, les deux sages-femmes, il y avait dans la salle à manger une voisine Marie Louise Gogibus qui venait parfois prendre le café avec Aichouche à la maison. Ses deux filles, Armelle et Emilienne, qui avaient le même âge que Baya et Ouardia, jouaient des journées entières quand elles n’avaient pas école dans la courette  de Aichouche. Armelle était au lycée alors qu’Emilienne était encore au collège.Les quatre jeunes filles étaient très amies. Marie-Louise qui cultivait la rhubarbe dans son jardin en faisait des confitures et apportait toujours quelques pots à Aichouche.

 

                               Après la naissance du bébé, Ouardia sut prendre les responsabilités de sa mère. Elle aurait été dépassée par les évènements si Marie-Louise n’était pas venue à son aide. La brave femme venait de bon matin pour faire  la toilette du bébé pendant que Ouardia s’occupait de sa mère. Puis Aichouche donnait la tétée à sa fille et s’endormait généralement peu après. Mademoiselle Georges était revenue trois jours après l’accouchement et avait constaté que Aichouche avait beaucoup trop de lait ce qui pouvait donner des abcés. Elle lui suggéra de recueillir le trop plein du précieux liquide pour les bébés abandonnés de l’hôpital.Aichouche accepta et la sage-femme revenait régulièrement munie d’un tire-lait et de plusieurs biberons stérilisés qu’elle remplissait. Puis elle s’empressait d’aller à l’hôpital pour nourrir les bébés qui hurlaient de faim dans leur berceau.

 

 

 

                           

 

                          

 

                       

 

 

 

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