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Jeudi 08 Mai 2008

 

                           

 

                             Ouardia allait sur sa quinzième année et le ménage n’avait plus aucun secret pour elle. L’année précédente elle avait obtenu avec brio son certificat d’études primaires mais Aichouche étant malade, elle avait du abandonner à son grand regret l’école.Malgré les supplications de Madame Vasseur pour que Ouardia puisse continuer ses études au collège, Hassen était resté intransigeant même si au fond de lui, une bataille morale le déchirait. Sa fille était très bonne élève et il la privait d’un avenir qui lui souriait. Ouardia se soumit à la volonté de son père et resta à la maison pour seconder sa mère qui ne s’en sortait plus avec les petits. Elle faisait les divers travaux ménagers et s’occupait des enfants pendant que sa mère lessivait et cuisinait. En général Aichouche mettait sur la grosse cuisinière à charbon, une grande marmite de soupe. Elle en faisait tous les matins et la maison embaumait des odeurs mêlées des poireaux, des oignons, des herbes aromatiques et autres légumes que lâchait la vapeur à longueur de jour. Pour joindre les deux bouts, il fallait bien ça. Aichouche achetait tous les jours cinq gros pains qu’un boulanger ambulant vendait devant la maison. Généralement , le bol de soupe était accompagné de frites que Baya présentait dans un cornet de papier aux enfants. Les desserts étaient rares mais personne ne s’en plaignait n’étant pas habitué à ce genre de mets.

 

                              Ouardia avait beaucoup pleuré en quittant l’école mais elle s’était fait une raison. Elle emmenait les petits à la maternelle avec plaisir car c’était pour elle un moyen de s’évader de la maison dans laquelle elle étouffait. C’était une jolie fille et elle ne laissait pas les garçons du quartier indifférents. Le plus mordu était sans doute un jeune homme de 17 ans, à l’allure de jeune premier et qui s’appelait Julien Vooters. Son père était Belge et sa mère Française. Lorsque Ouardia passait devant le groupe d’adolescents auquel il appartenait, il faisait l’intéressant. Il parlait et riait plus fort que les autres pour que Ouardia se retournât et le vît. Il lui décochait alors l’un de ses plus beaux sourires auquel Ouardia, au début ne répondait pas. Le groupe s’aperçut alors du manège et les quolibets fusèrent. Julien se tassait alors que Ouardia accélérait le pas. Mais ils se regardaient quand même. Ouardia ne cherchait surtout pas  à encourager Julien car elle connaissait le caractère de son père qui lui aurait interdit de sortir à l’avenir. Alors elle finit par passer devant lui sans le regarder. Les amis de Julien se mirent à lancer des paris au grand dam de l’adolescent qui ne comprenait pas l’attitude hautaine de Ouardia à son égard.

 

                             En septembre 1953, Aichouche inscrivit Djoher à l’école catholique Saint Vincent de Paul, conseillée par les dominicaines qui venaient lui faire ses injections.Ouardia fut chargée de l’emmener. Tout se passa bien sur la route mais quand il fallut se séparer, Djoher se mit à hurler. La sœur désemparée la prit dans ses bras mais Djoher ne se calma pas pour autant. Il fallut lui donner des bonbons pour la faire taire. Un autre enfant était avec elle dans le hall d’accueil et regardait d’un œil apeuré la scène. Il eut lui aussi droit aux bonbons. Enfin, Ouardia s’en alla. Elle revint la chercher le soir. La sœur eut du mal à s’en séparer. Il faut dire que Djoher était une belle petite fille, au visage rond, à la peau blanche. Elle avait un regard d’émeraude qui faisait fondre ceux qu’elle regardait et particulièrement les sœurs. La petite connaissait son charme et savait en jouer. Les sœurs ne lui refusèrent jamais rien durant tout le temps qu’elle resta chez elles. Mais un jour, Djoher les quitta pour aller fréquenter une école maternelle laique, en l’occurrence celle de Condorcet où se trouvait déjà Zhor. Le départ de Djoher donna lieu à une scène de larmes poignante car les sœurs l’adoraient. Elles lui offrirent une pleine boite de dragées et une poupée qu’elle garda pendant des années. Trois jours plus tard, Djoher était dans la petite classe chez Madame Cauet.  

 

                           

 

                          

 

                       

 

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Lundi 05 Mai 2008

 

                                     OUARDIA suite

                             Aichouche organisa bien vite la maisonnée. Aini avait pris ses repères et les enfants les leurs. Ouardia et Baya furent inscrites à l’école de filles du Crétinier dont la directrice Madame Vasseur était une excellente femme.Hassen les y conduisit la première fois puis elles s’habituèrent très vite au chemin. Elles avaient fait connaissance avec quelques filles qui habitaient le quartier. Elles s’attendaient donc mutuellement chaque matin et c’était un groupe joyeux et insouciant qui partait vers l’école. Zhor était à l’école maternelle chez Madame Cauet, une femme qui savait s’y prendre avec les petits. C’était Achour qui se chargeait de l’ y emmener.Hassen avait inscrit son  fils au cours élémentaire à l’école de garçons Condorcet. Celle-ci avait, avec l’école maternelle, une cour commune qui était simplement séparée en deux par un grillage. Achour pouvait voir Zhor pendant la récréation. Il la  récupérait et ils  rentraient ensemble à la maison.

 

                          Hassen avait repris son activité à l’usine textile pendant que Aichouche pouponnait. Djoher et Chabane lui donnaient beaucoup de mal. Aini ne lui était pas d’un grand secours car elle était maintenant complètement aveugle. On l’avait emmenée chez un grand médecin qui leur avait déclaré que la cécité était irréversible et qu’il ne pouvait rien faire. Aini marchait à taton, d’un pas hésitant. Elle restait généralement au jardin dès qu’il y avait un rayon de soleil. Hassen lui avait aménagé un siège constitué de briques et de planches qu’elle avait appris à repérer. Elle s’y installait et demeurait là, à méditer, parfois à haute voix, parfois en silence. Mais dans ces moments, ses lèvres silencieuses étaient en perpétuel mouvement. Mais personne n’y faisait plus attention.Il n’était pas rare qu’elle s’endormît sur le siège et Aichouche venait alors la chercher pour la faire rentrer dans la maison.

 

                            Au cours de l’année, Hassen se rendit compte qu’il lui manquait quelque chose : une voiture. Mais il fallait passer l’examen pour obtenir le permis de conduire. Hassen ne se sentait pas la force d’en passer par là. De plus il avait partiellement oublié ce qu’il  avait appris de la langue française et il avait honte de se présenter devant l’examinateur comme un ignare. Alors, Baya se mit en tête de lui apprendre les règles de conduite. Elle était patiente et s’amusait beaucoup des bévues de son père. Lui s’en réjouissait moins. Il était pressé de l’avoir ce permis de conduire et quand Baya riait, lui fulminait ce qui faisait rire encore plus la petite.

 

                          L’année passa très vite. La famille avait pris des habitudes qu’elle ne lâcha pas  de sitôt. Hassen jardinait alors que Aichouche entretenait un poulailler et un clapier. Les volailles et les lapins venaient chaque dimanche enrichir le repas de midi ou du soir. Il était rare que Hassen achetât de la viande mais le jour de l’Aid, il n’omettait jamais d’acheter le mouton du sacrifice. A la fin de l’année, Hassen apporta comme tous les ans des coquilles au beurre, des chaussettes bien chaudes et des jouets que l’usine offrait rituellement à ses employés. A cela s’ajoutait une prime de fin d’année qui servit à l’acquisition d’un réfrigérateur. Ce fut un grand évènement qu’on fêta autour d’un bon repas. Ce fut également la première fois que Hassen emmena ses enfants chez Verel le marchand de chaussures. Chacun eut sa paire et tous les ans à la même époque Hassen se rendait au magasin de Verel pour chausser ses enfants.

 

                         L’année 1953 arriva et commença avec de bonnes nouvelles venues du bled. Mohamed et Fatma avait eu une petite fille et Aldjia et Amar un garçon qu’ils nommèrent Arezki. Hassen apprit le mariage de Laid avec une fille de bonne famille appelée Djedjiga et aussi que Fetta allait bientôt être grand-mère. Enfin la famille s’agrandissait et Hassen était particulièrement heureux pour son frère. Aichouche félicita Amar pour la naissance de son fils et fut déçue du peu d’enthousiasme qu’il mit à recevoir cette nouvelle qu’elle estimait merveilleuse.En avril Aichouche apprit qu'elle était de nouveu enceinte. 

 

                           

 

                          

 

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Jeudi 01 Mai 2008

 

 

 

 

 

 

                            L’année suivante,en représailles, Aichouche récupéra son frère Ali dont Lounés ne voulait plus. Bien que cela lui en coûtât de le recevoir elle savait que la présence de son frère exaspérait encore plus Hassen et c’est pourquoi elle le supporta. En aoùt 1951, elle exigea de Hassen qu’il aille chercher sa mère en Algérie. Hassen s’exécuta sans protester et bientôt Aini vint grossir le cercle familial. Le petit appartement était plein. Hassen étouffait. Il ne pouvait plus avoir de conversation privée avec sa femme qui d’ailleurs faisait mine de l’ignorer. En réalité, Aichouche souffrait de cette situation mais elle se disait que pour punir son mari de son incartade, il lui fallait souffrir elle-même. Elle n’avait aucun autre moyen de se venger. Ali, qui ne comprenait rien à ce revirement de situation en profitait pleinement. Au début il participait aux frais de la maison puis, peu à peu, il ne donna plus un sou à sa sœur. Il se contenta d’apporter de temps en temps un petit filet de victuailles qui se renouvelait une fois par mois. Hassen rageait dans son coin, impuissant.

 

 

 

                          En décembre 1951, Hassen se rendit à l’Office du logement de la mairie de Roubaix pour y demander une habitation plus grande. Un camarade de travail l’avait orienté vers ce service car lui-même y avait obtenu satisfaction. Hassen devait attendre car la liste était longue. Puis, un jour, on l’appela au niveau de son usine car le patron avait des logements à mettre à la disposition de ses ouvriers dès l’année suivante. Hassen s’inscrivit et attendit. Il en parla à Aichouche qui accueillit la nouvelle avec peu d’entrain. Hassen haussa les épaules et s’enferma dans sa chambre. Il cogita longtemps et se demandait s’il pourrait encore supporter cette situation. Il mit la maucaise humeur de Aichouche sur le fait qu’elle allait bientôt accoucher. En effet, en mars 1952,  naquit un garçon qu’on prénomma Chabane comme son grand-père.Aichouche était heureuse et retrouva pour quelques temps sa jovialité naturelle. Hassen respira enfin. Cette accalmie ne dura pas et bientôt les choses empirèrent. Hassen se mit à boire et l’atmosphère était devenue invivable. Les scènes de ménage étaient quotidiennes et les enfants regardaient, sans comprendre, leurs parents se déchirer. Ouardia était alors mise à contribution et c’était elle qui prenait soin des bébés lorsque ses parents se battaient. La fillette cachait les petits dans la chambre et près de leur grand-mère aussi effrayée qu’eux, ils pleuraient puis s’endormaient habituellement. 

 

 

 

                                En mai 1952, les Ait Ferrach déménageaient et allaient habiter la petite ville de Wattrelos, à quatre kilomètres de leur ancienne maison. Ils laissèrent le taudis à Ali mais emmenèrent Aini. Ouardia qui avait conscience qu’Ali y était pour beaucoup dans la situation qu’ils vivaient fut soulagée de voir qu’il ne les accompagnait pas. Aichouche elle-même l’oublia tout le temps qu’elle mit à agencer sa nouvelle maison.Celle-ci était grande et spacieuse. Il y avait au rez-de-chaussée une salle à manger, un petit salon une vaste cuisine et des sanitaires aérés.  A l’étage, il y avait quatre chambres et plus haut certainement un grenier qui ne fut ouvert qu’une fois. Mais ce qui contenta surtout Aichouche et Hassen, ce fut le grand jardin qu’il y avait derrière la maison.Il était immense et au bout coulait une petite rivière peu large et peu profonde : l'Espierre. Les maisons de la cité étaient toutes semblables et avaient toutes un jardin derrière.Amédée Prouvost avait fait construire ces logements pour ses employés. D'ailleurs on avait donné son nom à la cité. Hassen et sa famille habitaient désormais rue Voltaire. Les maisons étaient séparées par des troènes qui poussaient de façon sauvage mais les services de la mairie passèrent bientôt pour les tailler. Devant la maison il y avait un petit jardinet qui donnait sur la rue et que Hassen planta de pivoines et de dahlias , ce qui donnait une entrèe colorée et odorante. Il y avait deux portes d'entrée dans la maison : une devant et l'autre sur le côté où il y avait de la place pour une autre courette. Les enfants eux étaient heureux et couraient dans tous les sens comme des jeunes chiens qu'on aurait soudain libérés. En regardant le jardin, Hassen faisait mentalement les plans de ses futures cultures. Pour oublier l'ambiance lourde de la maison, il consacra désormais son temps libre à jardiner.  

 

 

 

                          

 

 

 

                       

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 28 Avril 2008

                                OARDIA (suite)

 

                                     L’année 1949 commença assez bien. Hassen touchait un salaire plus intéressant depuis que sa famille était avec lui. Le couple commençait à organiser sa maison en achetant quelques meubles et de la vaisselle. Mais pour ceux qui avaient connu les affres de la faim comme Aichouche et Hassen les avaient connues, le plus important était de faire en sorte que les enfants ne manquassent jamais de nourriture. C’était surtout Ouardia qui en avait souffert et Aichouche voulait lui faire oublier ces mauvais souvenirs. Les enfants se portaient mieux maintenant. Ils mangeaient à leur faim à la cantine et buvaient du lait tous les jours à quatre heures. Les filles travaillaient bien à l’école et Hassen qui les surveillait le soir les aidait à faire leurs devoirs. Ce n’était pas facile pour lui mais il se faisait un point d’honneur à ne jamais montrer son ignorance.C’est pourquoi il employait  différents subterfuges qui marchaient à tous les coups.

 

                            En mai, Aichouche se trouva de nouveau enceinte et Josette fut aux petits soins avec elle. Elle l’aida beaucoup et fut pour Aichouche comme la sœur qu’elle avait tant voulu avoir. Un jour, Odette, une amie de Josette était venue lui rendre visite. Ce jour-là Aichouche et Hassen prenaient le café chez Josette. La nouvelle-venue était une petite femme, brunette et pétillante, avec un rire qui ne laissait pas indifférent. Elle avait une voix de crécelle que Aichouche trouva très désagréable alors que Hassen, lui, s’en amusait. Soudain Aichouche se rendit compte que la jeune femme regardait Hassen d’une drôle de façon. Elle regarda son mari qui lui sembla obnubilé par la créature. Aussitôt elle se leva et dit à son mari qu’ils partaient. Hassen se leva à contrecoeur et suivit Aichouche dont le visage s’était fermé. Elle avait surpris le manège de séduction entre Odette et son mari et elle se méfiait. Hassen était bel homme et plus d’une fois dans les fêtes auxquelles ils avaient assisté au bled elle avait surpris des femmes le regardant avec envie. Elle n’était donc pas étonnée. Cependant Odette était revenue à la charge et avait vaincu Hassen qui s’était laissé séduire. Ils se voyaient chez Odette et dés qu’elle avait appris leur idylle, Josette avait prévenu Aichouche. Il y eut pour la première fois une scène terrible dans le couple. Aichouche et Hassen ne se parlèrent plus pendant plus d’un mois. Cependant, Hassen étant malade, Aichouche se laissa fléchir et lui adressa la parole par nécessité. Il avait attrapé une maladie vénérienne et avait contaminé Aichouche. Le médecin leur donna des doses élévées d’antibiotiques et tout rentra dans l’ordre mais Aichouche ne pardonna pas cet écart de conduite à son mari. Elle arriva au terme de sa grossesse tant bien que mal et en janvier 1950, elle mit au monde une belle petite fille qu’elle prénomma Djoher, mot signifiant « perle » en arabe.

 

                              Josette était au comble du bonheur. Elle avait assisté à la naissance du bébé car la sage-femme qui suivait Aichouche pendant sa grossesse, madame Wige, lui avait donné la permission. Elle avait même donné un petit coup de main à l’accoucheuse en lui apportant les ustensiles ou autres éléments dont elle eut besoin. Aichouche avait raconté sa maladie à Madame Wige  et celle-ci l’avait aidée à se soigner, comprenant parfaitement le danger auquel était exposé le bébé. Grâce à madame Wige, on avait évité des séquelles éventuelles à l’enfant. Pour tout cela, Aichouche en voulut à Hassen et de ce jour, la vie du couple ne fut plus jamais la même.  

 

                          

 

                       

 

 

 

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Vendredi 25 Avril 2008

                                             OUARDIA SUITE

 

                              Aichouche et Hassen passèrent plus de dix jours à nettoyer l’infection du nouveau foyer. Même les enfants s’y étaient mis et malgré le dégoùt qu’elle ressentait quand elle devait descendre et monter les escaliers pour jeter les ordures, Ouardia faisait le trajet dix fois par jour sans se plaindre. Le soir cependant, elle avait la nausée et il était impossible de lui faire avaler quelque chose. Aichouche voyant cela se demandait parfois si le jeu en valait la chandelle et regrettait alors son bourg natal si ensoleillé. Au bout du compte l’appartement fut propre et Hassen acheta de la vaisselle, de la literie et même un canapé. Oh ! Pas tout neuf mais il l’avait trouvé non loin de la maison chez un belge qui voulait repartir chez lui à Bruxelles et qui vendait ce qu’il avait de meilleur

 

                               Ali vivait chez sa soeur. Aichouche le considérait comme l’un de ses enfants et n’hésitait pas à lui faire une scène lorsque sa chambre était sens dessus dessous. Depuis toujours, son frère était brouillon et sale même. Mais jamais Aini n’avait réussi à le rendre propre. Aichouche savait d’avance que c’était peine perdue car,, elle n’était pas sa mère et elle n’avait pas la même patience. Un jour, excédée par l’odeur pestilentielle qui sortait de la chambre de son frère, elle se mit à crier au point qu’elle s’évanouit. Apeuré, Hassen  intima à son beau-frère l’ordre de faire ses paquets et de quitter la maison. Ce que fit Ali qui s’en alla vivre chez Lounès et Denise. Par chance ceux-ci habitaient non loin de là. La maisonnée respira enfin. Achour prit possession de la chambre de son oncle et n’en sortit plus. Aichouche dut jeter la paillasse de  son frère tant elle était infecte.

 

                              En octobre, Aichouche demanda à Hassen de scolariser les aînées. Il y avait non loin de là , une école primaire et Hassen s’y rendit pour se renseigner. Il y rencontra la directrice qui le reçut affablement. Elle n’hésita pas à inscrire les deux fillettes même si pour Ouardia, il était un peu tard. Mais vu les circonstances elle ferma les yeux. Hassen fit remarquer à la directrice que les petites ne parlaient pas du tout le français. Mais elle lui répondit que cela n’était pas insurmontable et elle plaça les deux sœurs dans la classe de Madame Paule, une brave institutrice qui se fit un devoir de faire rattrapper leur retard aux deux petites.

 

                             La voisine de palier de Aichouche était une petite bonne femme blonde, vive et enjouée qui avait apprécié la venue de ses nouveaux voisins. Josette, c’était son prénom, habitait l'immeuble depuis des années et travaillait en usine quand elle n’était pas en arrêt de travail pour maladie. Elle souffrait de rhumatisme articulaire qui la tordait. Mais malgré la douleur, elle restait égale à elle-même, un boute-en-train. Aichouche et elle devinrent vite de grandes amies et malgré le fait que Aichouche ne parlât pas un mot de français, les deux femmes entretenaient de longues conversations. Josette conseilla à Aichouche de placer Achour en maternelle et elle emmena elle-même le petit qu’elle inscrivit. Ouardia était chargée de le récupérer à la sortie de l’école. Ainsi chaque après-midi, Aichouche passait quelques heures chez Josette ou cette dernière allait chez Aichouche. Lorsque les enfants rentraient de l’école Josette s'en, allait.

                          Grâce aux efforts de Madame Paule qui les gardait après la classe, Ouardia et Baya,rattrapèrent leur retard scolaire. Madame Paule ne tarissait pas d’éloges sur les deux fillettes, surtout sur Baya qu’elle trouvait non pas plus intelligente mais plus motivée que son aînée. Aichouche s’amusait à entendre ses filles parler le français avec leur père qui voyait là une occasion de montrer son savoir.

 

                           Ouardia aidait sa mère au ménage quand elle n’avait pas école. Baya, elle, était plutôt paresseuse dans ce domaine et recevait souvent la trique quand elle rechignait à la besogne. Mais c’était Ouardia qui prenait en charge ses frère et sœurs lorque Aichouche était occupée à la cuisine ou à tout autre chose.

 

                           On était en décembre 1948 et l’hiver était assez rigoureux. Hassen possédait un poele à charbon qui tenait la maison bien chaude et le soir la famille se réunissait tout autour. Aichouche racontait alors des histoires que sa mère lui avait contées jadis et il était bien rare qu’elle ne pleurât pas dans ces moments de souvenirs.

 

                           Cette année-là, chez Josette, les enfants virent leur premier sapin de Noèl. L’illumination de l’arbre les avait laissés éblouis. Ils ne comprenaient rien aux rites que Josette suivait à la lettre mais ils étaient heureux. De plus,Josette avait placé sous le sapin les cadeaux que Hassen avait obtenus pour ses enfants à l’usine et le moment de la distribution resta un souvenir indélébile dans la mémoire des enfants emerveillés.   

 

                          

 

                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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