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Jeudi 14 Septembre 2006

                                                       LES GRANDS ESPOIRS 97

 

                                                      On fut en juin et tout allait pour le mieux car Hadjla avait mis au monde un adorable petit garçon qu'on nomma  Khalil.Aichouche et Hassen étaient aux anges car il n'y avait pas eu de bébés depuis longtemps dans la maison.Hassen devenait gâteux devant le petit et à une semaine de sa naissance, il vocalisait en extase devant l'enfant qui n'avait d'intérêt que pour son pouce qu'il tétait avidement.Hadjla se remit vite de ses couches et se mit à préparer ses bagagesAichouche,Achour et Hadjla allaient partir pour le bled non sans inquiétude.Malgré l'assurance que  les travaux de la maison étaient en voie de finition, Aichouche  avait l'angoisse au coeur.Il était décidé qu'ils partiraient vers le 15 juillet et la date approchait "à grands pas".Enfin Zhor était optimiste dans ses lettres alors autant lui faire confiance. On   avait  fini les formalités du voyage , les billets avaient été achetés.et  on avait convenu que Hassen et les enfants rejoindraient la famille en septembre de l'année suivante. Aichouche avait tenu à revoir ses frères avant son départ et Ali et Lounès étaient là.,ce jour du 14 juillet pour partager un couscous.                                                                                                                                                                                          Le jour du départ arriva finalement.On avait aligné les valises et les sacs dans la cour et Achour les chargeait dans la malle de l'Ariane 4 de Hassen.Heureusement la voiture était grande et tous les bagages entrèrent dans le coffre.Puis vint le moment des 'au revoir'.Ce fut pénible et il y eut des larmes. On se sépara enfin.Achour s'assit devant avec son père et Aichouche s'installa à l'arrière avec Hadjla qui portait le bébé et Aicha, la petite dernière de Aichouche.Hassen les emmena à l'aéroport de Lille Lesquin puis il revint à la maison.Celle-ci lui parut vide  et triste.Il tourna dans les pièces comme une âme en peine puis il reprit sa place près du poèle éteint comme d'habitude.Là, il se mit à soliloquer à haute voix mais les enfants habitués à l'entendre parler seul ne faisaient plus attention à ce qu'il marmonnait entre ses dents.

                                                     Hassen imaginait le déroulement du voyage.Et à chaque heure qui tournait il disait :"tiens, ils doivent être au dessus d'Alger maintenant! " Puis :"ça y est! ils sont sur la route de Tizi!".Ou encore :"ils sont à la maison maintenant!" Il spécula pendant des heures puis il se souvint qu'il était seul avec les enfants et qu'il fallait assumer.Il se dirigea vers la cuisine et ouvrit le réfrigérateur.Aichouche avait eu la bonne idée de préparer un ragoùt de cardes et Hassen le mit à réchauffer.Les cinq enfants restés avec Hassen n'étaient pas difficiles et ils mangèrent de bon appétit.Il était neuf heures du soir et il faisait très chaud.Hassen décida d'aller jusque chez sa fille qui habitait un peu plus loin dans la rue Balzac.Il y alla vec son fils Chabane.Il trouva Ouardia aux prises avec sa dernière qui pleurait et qui ne voulait pas s'endormir et sa mère excédée par ses pleurs,épuisée par les travaux ménagers lui criait dessus.Hassen prit la petite fille sur ses genoux et la berça et l'enfant apaisée s'endormit enfin dans las bras de son grand-père au grand soulagement de Ouardia qui put enfin s'affaler dans le canapé du salon.

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Mercredi 13 Septembre 2006

                                                                      LES GRANDS ESPOIRS 96

 

                                                               La vie reprit son cours normal.Djoher retourna au lycée très difficilement.son absence de deux mois avait engendré un rejet des études chez elle.De plus, elle avait un nouveau professeur de mathématiques qui l'avait dans le colimateur.Madame Ziné n'aimait pas les arabes car elle avait tout perdu en Algérie.Elle avait été rapatrié comme beaucoup de pieds noirs, sans rien de ce qu'elle avait possédé.Elle en voulait à tous les arabes.Pourtant l'Algérie n'avait pas chassé les pieds noirs et nombre d'entr'eux habitaient encore le pays.Mais madame Ziné n'entra pas dans ces considérations et si Djoher avait le malheur d'ouvrir la bouche pendant son cours, elle lui lançait ce qu'elle avait à la main, à la tête.Ainsi cela pouvait être la brosse du tableau ou des morceaux de craie.Djoher qui n'aimait déjà pas beaucoup les mathématiques les détesta pour le coup autant qu'elle détestait le professeur.Cette année-là, Djoher redoubla sa classe.

                                                                On était fin avril 1968 et le peuple de France faisait de temps à autre entendre des revendications syndicales.Elles ne furent pas prises au sérieux par le gouvernement gaulliste et en mai, la révolte éclata.Cela commença par une grève estudiantine à la Sorbonne mais bientôt, sous la férule de leurs syndicats, la classe ouvrière suivit.Et la France fut paralysée.Dans les lycées, c'était des réunions à n'en plus finir et chacun soudain avait des revendications.On parlait, on parlait.Les mairies en furent bientôt à rationner les habitants à l'aide de bons comme pendant l'après-guerre et Hassen se rendait tous les jours à la mairie pour retirer les siens.

                                                             Malgrè la tourmente, la Lainière et Amédée Prouvost pavoisèrent pour recevoir Kroutchev qui visita les usines textiles.Les deux présidents passèrent sous les huées de la population que les CRS avaient du mal à contenir.La visite qui devait durer plusieurs heures ne dura en fait que quelques minutes.Après le départ des personnalités, toutes les fioritures furent saccagées par les ouvriers , outrés qu'on puisse dépenser tant d'argent dans des futilités alors que les salaires ne suffisaient plus à nourrir leurs familles..

                                                              A Paris, les étudiants étaient descendus dans la rue où il y avait eu des batailles contre les CRS.On avait arraché les pavés des rues de la capityale et les étudiants les lançaient sur la police qui ripostait à coups de bombes lacrymogènes.On entendit même des coups de feu et il y eut de nombreux blessés.Enfin, pour calmer le jeu De Gaulle parla à la nation et apaisa tant bien que mal les esprits.Il annonça aussi son départ . Il laissa sa place à Pompidou qui fut à son tour président de la République.Tout rentra dans l'ordre mais le bilan de ce mois de mai fut très lourd.

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Mardi 12 Septembre 2006

                                                   LES GRANDS ESPOIRS 95

 

                                              On était en décembre 1967 et, à la veille de la nouvelle année, il n'y avait rien de spécial.La vie s'écoulait doucement, avec sa routine.Mais pour Aichouche plus on approchait de la date du départ et plus elle était malade.Non pas qu'elle appréhendait de partir mais elle ne s'expliquait pas l'angoisse qui la prenait à la gorge quand elle pensait au retour. au pays.

                                             L'année 1968 commençait et Zhor envoyait régulièrement des nouvelles de l'avancement des travaux.C'était presque terminé mais il fallait plus d'argent.Elle avait trouvé du travail dans une école normale de jeunes filles mais ce qu'elle gagnait lui suffisait à peine pour vivre.Alors, dès que Hassen entendait que quelqu'un se rendait au bled, il ne manquait pas d'envoyer une enveloppe contenant de l'argent pour l'aider.Tout allait pour le mieux quand en mars, Djoher tomba gravement malade.Elle avait attrapé froid mais le plus grave c'est qu'elle n'allait plus à la selle.Le docteur Petit appelé d'urgence avait diagnostiqué une occlusion intestinale.Djoher fut immédiatement hospitalisée.Il fallait l'opérer mais sa maladie pulmonaire donnait des inquiétudes aux médecins.Les examens effectués indiquaient les syptômes d'une tuberculose mais les docteurs doutaient.Il fallait opérer et Hassen donna son accord malgré les risques encourus par son enfant.L'hôpital de Wattrelos était réputé par le sérieux de son personnel médical et Hassen avait confiance.On opéra donc Djoher et l'opération dura huit heures.L'anesthésiste eut fort à faire mais tout alla pour le mieux et Djoher se réveilla à quatre heures du matin en poussant des hurlements.Elle avait senti les liens qui la retenaient prisonnière et n'avait pas supporter d'être attachée.Solange, la femme de salle lui avait par la suite expliqué la nécessité  de cette initiative et Djoher avait compris.Elle lui dit que les cris avaient été indépendants de sa volonté et que seule la peur l'avait conduite à les pousser.

                                             Le lendemain, ses parents vinrent lui rendre visite.Djoher avait de la peine à respirer et faisait parfois des crises d'apnée ce qui rendait indispensable la bouteille d'oxygène.Ce fut ce qui arriva ce jour-là.Pendant que Hassen était allé à l'administration pour la paperasse, Aichouche était restée avec sa fille et une infirmière lui faisait une prise de sang.Soudain, Djoher se cambra et ne respira plus.Dans sa frayeur l'infirmière avait ôté le tuyau de la seringue mais avait laissé l'aiguille dans la veine et le sang continuait à couler par saccades.Elle était allée  en courant chercher l'oxygène et Aichouche ne sachant trop quoi faire, affolée, arracha l'aiguille du bras de sa fille et posa le doigt sur l'ouverture.L'infirmière arriva après trois minutes qui en parurent vingt à Aichouche..Elle lui mit aussitôt le masque sur le nez et la jeune fille reprit connaissance.Le drap était plein de sang et il fallut le changer.L'infirmière demanda pardon à Aichouche pour sa négligence et souhaita qu"elle ne parlât pas de l'incident car elle risquait sa place.Aichouche lui promit la discrétion et rassura ainsi l'infirmière qui avait du avoir plus peur qu'elle.

                                            Après avoir effectué des examens complémentaires (sang, urine, selles), les mèdecins avaient fini par prononcer que Djoher souffrait d'une bronchopneumopathie aigue.Elle subit alors un traitement lourd en antibiotiques et son séjour à l'hôpital dura deux mois.Le personnel l'appelait la "poupée du service" car elle était la plus jeune parmi les malades.Elle ne marcha pas  pendant un mois et il lui fallut presque réapprendre à faire un pas.Mais  Djoher avait fini par s'habituer aux infirmières et aux femmes de salle.Elle les aimait vraiment et les femmes le lui rendaient bien.C'est ainsi que  la sortie de  Djoher se passa péniblement.La jeune fille pleurait, s'inventait une nouvelle maladie pour ne pas s'en aller mais rien n'y fit et le médecin chef donna son accord et signa le bon de sortie.Quelques minutes plus tard elle était à la maison où l'accueil ne fut pas celui qu'elle avait escompté.Son arrivée fut banale, c'était comme si elle n'était jamais sortie de la maison.Elle eut mal au coeur et pleura en cachette à chaudes larmes....

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Lundi 11 Septembre 2006

                                                                     LES GRANDS ESPOIRS 94

 

                                                                 L'année 1967 se passa à préparer le voyage de retour mais en septembre le couple Achour-Hadjla sut qu'il attendait un heureux évènement.Cela remplit de joie Aichouche mais remettait en question la date du départ prévue pour fin décembre.On décida d'attendre la naissance du bébé attendu pour le mois de  mai et on reporta la date du départ à fin juillet 1968

                                                                Pendant ce temps-là au pays les enfants se mariaient et Fetta était plusieurs fois arrière-grand-mère.Elle avait encore bon pied bon oeil à son âge et on prenait grand soin d'elle.Elle vivait maintenant chez sa fille ainée à Tizi Ouzou et elle se reposait.Ses petits enfants avaient grandi et se mariaient les uns après les autres.Fetta remerciait Dieu de lui avoir laissé l'opportunité de voir une si nombreuse descendance.Lorsque toute sa famille se réunissait, il y avait plus de 60 personnes.Elle avait 11 arrières-petits-enfants dont elle était très fière.Parfois elle se surprenait à les voir jouer devant elle en laissant vagabonder son esprit.Dans ces moments-là, elle revoyait sa mère qui jouait fréquemment avec ses enfants qu'elle adorait et Fetta pleurait alors sans larmes.Elle essuyait simplement ses yeux secs avec un pan de sa fouta.Elle pensait souvent à Rabah qu'elle n'avait pas revu depuis son départ pour Paris.Et son coeur lui faisait mal. plus de 30 ans après car l'image de son frère était encore très claire dans sa mémoire de vieille femme.

                                                             Sekoura était rentrée en France avec ses deux enfants et un jour d'octobre 1967, elle débarqua chez Hassen avec sa fille.Fetta lui avait donné l'adresse de son frère mais pendant de nombreuses années, Sekoura n'avait pas osé se présenter chez  lui.Mais ce matin d'octobre, elle était venue dans le Nord pour rendre visite à son fils marié à Lille.Elle décida alors d'aller chez Aichouche..La surprise et l'étonnement firent place à la joie des retrouvailles.Comment Aichouche aurait-elle pu oublier ces merveilleuses journées qu'elles avaient passées ensemble?Les rires sous les oliviers, les veillées interminables où l'on racontait des histoires du passé, leurs essais culinaires quand ceux-ci se terminaient en fiasco?Les deux femmes se retrouvaient enfin et Aichouche fit tout ce qu'elle put pour rendre la visite de Sekoura la plus agréable possible.Mais il fallut prendre congé et Sekoura partit dans l'après-midi non sans avoir invité ses hôtes chez elle ,à Melun..

                                                         Après le départ de Sekoura,Aichouche sentit un grand vide dans son coeur et cela accrut la nostalgie qu'elle avait du pays.Elle resta songeuse et Hassen ne la dérangea pas dans sa méditation car il comprenait qu'elle pût avoir du vague à l'âme.Aichouche avait d'ores et déjà commencé à mettre de côté l'argent du voyage mais aussi une cagnotte qui leur servirait de réserve au cas où Achour ne trouverait pas de travail tout de suite.Elle avait hâte de partir et chaque jour qui la rapprochait de la date du départ la rendait si fébrile qu'elle se levait plusieurs fois par nuit pour imaginer l'évènement.Décidément, pour Aichouche, le temps passait trop lentement....

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Samedi 09 Septembre 2006

                                                                LES GRANDS ESPOIRS (94)

 

                                                      Le lendemain très tôt, Ouardia vint chez sa mère.Il fallait convenir d'une date pour le mariage mais avant on se devait de retourner chez la fiançée  avec le cheikh.Ce ne serait qu'à cette condition que le mariage à la mairie se ferait.On était en mars 1967 et on convint d'aller chez Hadjla début avril.Ce qui fut fait.On acheta une pièce montée(pas très hauter d'ailleurs) des dragées et une valise pleine de vêtements pour Hadjla..On ajouta à cela, des bijoux en or que la mariée porterait le jour de son mariage.Le cheikh demanda au père s'il était d'accord pour que sa fille se marie et s'il consentait à recevoir les cadeaux.Il acquiessa.Puis se tournant vers Hassen, le cheikh lui demanda s'il était prêt au nom de son fils à prendre soin de la jeune femme qu'il demandait.Et Hassen accepta.Alors le cheikh lut à haute voix la première sourate du Coran et le mariage religieux fut ainsi conclu.On prit le café avec les gâteaux apportés par Aichouche puis on partagea en deux la pièce montée : une partie resta chez la fiancée et Aichouche prit l'autre part.Sur ce on se sépara et on se promit de vite se revoir pour convenir d'une date pour le mariage à la mairie.

                                                Le mariage fut décidé pour le 18 mai.Ce jour là, ce fut l'effervescence chez Hassen.Celui-ci était ému que son "grand" se marie.La maison grouillait de monde et les enfants couraient dans tous les sens.Chacun cherchait ce qu'il allait porter bien que tout eût été prêt depuis longtemps.Mais c'était ainsi à chaque évènement important.Mais le plus fébrile c'était Achour.Du coup il ne trouvait plus sa chemise, puis sa cravate et il engueulait celui qui lui passait sous le nez.Pourtant sa mère lui avait tout préparé au pied de son lit sur une chaise et tout y était.Mais l'émotion était telle qu'il avait l'impression que tout se dérobait à son regard.Enfin vers 10 heures on fut prêt à partir.Il y avait trois voitures et on se pressa comme on put pour prendre place.On avait enjolivé les véhicules avec des rubans multicolores et au départ ce fut une cacophonie de klaxons qui annonça le cortège du mariage.Devant la mairie, il y avait les collègues de travail de Achour qui applaudirent quand il sortit de la voiture.Puis en une joyeuse escorte, ils l'accompagnèrent devant le maire, un brave homme très populaire.Devant le bureau il trouva Hadjla en robe de mariée courte. et un long voile sur la tête.Elle était très jolie et Achour était satisfait de son choix.Le maire posa les questions d'usage puis procéda au mariage officiel des deux jeunes gens.Après quoi on se rendit en fanfare à la maison où un vin d'honneur attendait les amis de Achour.Hassen l'avait permis exceptionnellement mais il ne resta pas à la maison.Il était resté chez Ouardia et rentra plus tard dans la soirée.

                                                Aichouche elle, était soulagée.Son fils était marié,Dieu merci, elle pouvait se reposer maintenant.Son désir était de repartir au pays pour ne plus revenir car sa santé était plus que mauvaise et l'inquiétait.Pour mourir, autant mourir dans son pays et elle se surprenait parfois à faire des calculs à haute voix.De toute façon,c'était pour bientôt, elle en était sûre.Pour l'instant, il fallait s'occuper des formalités et cela prendrait, elle le savait ,énormément de temps.Autant commencer tout de suite.

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