Aichouche se remit peu à peu et reprit ses forces. Il faudrait à présent s’occuper de deux enfants en bas âge et ce ne serait pas facile. Elle savait que sa mère ne serait plus aussi disponible qu’autrefois, surtout avec une belle-fille qui subissait une grossesse très difficile. Aini ramena Ouardia à sa mère qui l’accueillit avec amour. Elle lui montra aussitôt sa petite sœur au berceau. Ouardia écarquilla les yeux, étonnée de cette chose rose au fond du lit mais ne fit aucun geste ni ne dit aucun mot. Elle se détourna du berceau et demanda à manger ce qui fit rire les deux femmes. Elle mangea silencieusement mais le bébé se mit à geindre et cela attira son attention. Elle bondit et vint se planter près du petit lit ou la chose rose gesticulait. Et avec son langage de petite fille, elle donna une série de noms à cette chose. Savait-elle que le bébé lui prendrait peu à peu son univers ? Sans doute car de sa petite menotte elle donna une tape sur la tête de l’enfant. Aichouche avait prévu une réaction de sa fille mais elle n’imaginait pas qu’elle pût être violente. Aini lui conseilla de se méfier et de ne jamais laisser les deux enfants seules. On avait vu tant d’accidents causés par des enfants ! Aichouche la rassura et sa mère repartit.
Fatma qui s’était occupée du bébé les premiers temps avait espacé ses visites. Ouardia hurlait dès que sa tante entrait dans leur chambre. Aichouche se demandait toujours ce qui provoquait la détresse de sa fille. Elle la rassurait sur le compte de sa belle-sœur mais elle avait beau lui vanter sa gentillesse, rien n’y faisait, Ouardia hurlait à chaque fois que Fatma ouvrait la porte ce qui faisait fuir la jeune femme.
Hassen était heureux du rétablissement de sa femme. Comme elle ne préparait plus les repas durant sa convalescence, il rapportait la nourriture de l’hôtel avec la bénédiction de Kohler. Aichouche et les enfants ne manquaient de rien. Aichouche mangeait bien et pouvait ainsi donner le sein à Baya qui tétait goulûment sa mère sous le regard jaloux de Ouardia.Hassen prenait volontiers la petite dans ses bras et la berçait tendrement pendant que Aichouche prodiguait des caresses à Ouardia qui malgré tout lançait des regards en biais vers son père et sa sœur.
Bientôt, on fut au printemps, un printemps particulièrement agréable. Aichouche la vait à grande eau la cour de la maison et sous la charmille qui se reformait en reverdissant peu à peu, elle passait l’après-midi avec ses enfants sous le feuillage naissant. Ouardia jouait et babillait tandis que sa sœur dormait sur les genoux de sa mère. Ce spectacle ne faisait qu’aggraver les sentiments de jalousie de Fatma qui malgré ses espoirs, n’attendait toujours pas d’enfant.
Celui-ci n’admit pas que son frère pût lui reprocher quoi que ce fût et bouda plusieurs jours. C’était devenu deux étrangers sous le même toit. L’ambiance de la maison était lourde et tendue.C’en était insupportable. Aichouche ne laissait plus Ouardia jouer comme elle le voulait et e l’enfermait la plupart du temps dans la chambre où elle ne risquait pas de recevoir les taloches que Fatma lui envoyait sur le derrière traîtreusement .
Ce climat dura jusqu’à l’arrivée de Amar qui, fin décembre vint en permission pour voir sa famille. Il arriva un matin, quelques jours avant la nouvelle année et la surprise fut totale. Aichouche le trouva beau dans son uniforme de tirailleur et son passage dans le quartier fut remarqué. Chaque fois qu’il sortait une ribambelle de mioches piaillant et hurlant l’escortait. Il avait une permission de deux mois et Aini, aux anges, décida de le marier. Le jeune homme qui n’était pas prêt à cela fit la grimace mais il ne voulut pas contrarier sa mère. Cependant il demanda quelle serait l’heureuse élue. Aini lui parla alors de sa cousine Aldjia, fille de sa tante de Tighzart, un petit village haut perché en Kabylie et Amar accepta. Il connaissait les desseins de sa mère . Au fond elle avait peur qu’il ne se fasse tuer et elle voulait secrètement avoir des petits-enfants. Elle l’avoua plus tard à Aichouche en demandant pardon de ses mauvaises pensées. Le mariage se fit donc en janvier 1941. Aini était contente, elle ne serait plus seule chez elle. Le mois suivant Amar repartit en laissant Aldjia enceinte. Elle accoucha en octbre d’une fille, Ourida que son père ne vit qu’à la fin de la guerre.
En février 1941, Aichouche accoucha de sa fille Baya. Ouardia fut envoyée chez sa grand-mère qui aidée de sa belle-fille prit soin d’elle.
Hassen et Mohamed rentrèrent à la maison chacun leur tour. Hassen rentra plus tôt que son frère. Aichouche servit le repas à son mari et à sa fille puis se remplit pour elle-même une assiette de soupe. Sa grossesse la faisait souffrir et les vieilles lui prédisaient une fille car, disaient-elles, c’était les filles qui faisaient souffrir leur mère. A cette idée Aichouche frémissait, elle ne voulait pas de fille, elle désirait ardemment un garçon. Hassen, lui, était indifférent à ce que le bébé pouvait être. Tout ce qui comptait pour lui c’était que sa compagne accouche dans les meilleures conditions possibles.
Puis le couple quitta la table pour faire place à Fatma et à Mohamed qui venait d’arriver. Celui-ci marmonna quelques mots qui devaient être une salutation puis, plongeant sa cuillère dans la soupe, il ne s’occupa plus que de manger. Hassen et Aichouche regagnèrent leur chambre en jouant avec Ouardia qui riait dans les bras de son père.
A tous mes fidèles lecteurs
Qu’ils trouvent sur cette page l’expres-
sion de mes meilleurs vœux pour cette
année 2008. Que cette année soit pour
eux une source de bonheur, de joie, de
santé et de prospérité. Qu’elle leur ap-
porte ce qu’ils souhaitent de meilleur
pour eux et pour leurs proches.
BONNE ET HEUREUSE ANNEE
A quelques temps de là, Hassen voulut quitter l’hôtel Kohler car son patron ne l’avait pas augmenté et criait à qui voulait bien l’entendre que personne ne bénéficierait d’une quelconque augmentation. Il en parla à Aichouche qui le dissuada de démissionner dans les temps de misère qu’ils vivaient. Même si la paie n’était pas conséquente, jamais Kohler n’avait interdit à son personnel de prendre les restes des repas pour leur famille. Et parfois c’était du luxe. Hassen renonça à son projet et reprit le chemin du restaurant. Mais l’idée de tout quitter lui trottait dans la tête.
On fêta les deux ans de Ouardia assez tristement. Quelques voisines vinrent prendre le café et tapèrent quelques morceaux de chansons connues sur la derbouka de


