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Jeudi 13 Décembre 2007

                            OUARDIA suite

 

             On resta ainsi pendant un moment, dans le silence. Chacun était perdu dans ses pensées. C’était comme une sorte de recueillement et personne n’osait reprendre la parole en premier. Puis Aini rompit le silence en se mouchant bruyamment. Tout le monde revint sur terre. Aichouche regardait sa mère, le cœur affligé et la larme à l’œil. Enfin, Aini se leva et s’emmitoufla dans sa « fouta ». Elle prit congé en s’excusant d’avoir perturbé le sommeil de « ses enfants » comme elle les appelait. La maison retomba dans un morne silence. Aichouche avait recouché Ouardia puis avait préparé le café du matin. Il n’était que six heures mais elle n’avait plus sommeil. Les deux hommes commentaient l’évènement et Aichouche écoutait distraitement car elle pensait à Amar. Comment allait-il vivre cette période de sa vie ? La guerre c’était dangereux ! Et s’il était blessé ? Ou même tué ? Et des larmes se mirent à couler sur ses joues. Elle ne s’en rendit pas compte et c’est Hassen qui la ramena à la réalité. Il se leva et accompagné de son frère, il sortit pour se rendre à l’hôtel Kohler pour son travail. Ils se séparèrent au niveau de la fontaine. Pendant ce temps Aichouche vaqua à ses occupations ménagères. Vers dix heures, sa mère revint et les deux femmes se mirent à chuchoter jusqu’au réveil de la petite.

                        Quelques voisines qui avaient eu vent de l’évènement vinrent réconforter Aichouche et Aini. Celles qui avaient subi le même sort se plaignaient de la façon brutale dont leurs fils pour la plupart à la fleur de l’âge enfantin, leur avaient été arrachés. Et c’était des gémissements à n’en plus finir. Rien ne pouvait consoler ces femmes, ces mères. Certaines pleuraient leurs maris qui les laissaient derrière eux sans ressources avec des petits. Peu à peu, on s’habitua à l’absence des êtres chers, les vicissitudes de la vie aidant.

                  L’hiver se passa tant bien que mal. Ouardia, malgré les temps difficiles, grandissait et prenait du poids. Son père ne manquait jamais de récupérer quelques bons restes du restaurant de l’hôtel. Il fallait bien ça pour vivre. D’autant plus qu’en juillet, Aichouche sut qu’elle était enceinte. A la fin de ce même mois, Mohamed se trouva la femme de sa vie. Elle était d’un petit village non loin de Tizi, Tirmitine. Elle vivait avec sa mère et sa sœur et s’appelait Fatma. Le mariage se fit très vite et dans ces temps de misère, on ne put faire le couscous de la fête qu’avec des fèves sèches et de l’huile  d’olive du bled car Fetta n’oubliait jamais de leur envoyer leur part du précieux liquide. On dansa quand même un peu quand la mariée entra dans la maison. Aini qui était allée voir les sœurs blanches avait pu récupérer de la semoule, ce qui permit à Aichouche de faire des beignets dont elle avait l’art sans pareil. Les mariés se retirèrent enfin dans la chambre qu’on leur avait préparée au fond de la cour pour leur tranquilité.

                Une semaine après le mariage, les hostilités furent déclarées ouvertes entre les deux belles-sœurs.

 

 

 

 

                

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Mardi 11 Décembre 2007


                

                  

 

                           Ouardia (suite)

 

                    Janvier 1940. L'hiver reprit de la vigueur mais aussi de la rigueur. Le froid était intense mais pas seulement en  Algérie. Les fronts en Europe s'enlisaient et s'embourbaient. C'était la drôle de guerre. On piétinait. Les armées étaient quelque peu figées. Mais le conflit n'en était pas arrêté pour autant. Les atrocités se poursuivaient de manière plus pernicieuse et chaque jour apportait son lot d'informations qu'on commentait dans les cafés. On n'attendit plus très longtemps pour être fixé quant à la mobilisation. Bientôt des affichettes furent collées sur les murs. On faisait appel au contingent outre-mer comme en 1914. On grognait dans les cafés mais on savait que les familles qui avaient des garçons en âge d'être incorporés devraient se résoudre à les laisser partir bon gré mal gré. Il y eut cependant des gars fidèles à leurs principes qui ne répondirent pas à l'appel. C'était les enfants de ceux qui avaient donné leur vie pour la France lors de la première guerre mondiale et qui avaient vécu sans père dans une misère noire car oubliés par ceux-là mêmes qui les avaient privés de leur géniteur. Nombre d'entre eux s'enfuirent dans les maquis alentours. Ils avaient tous plus ou moins de la famille dans les villages environnants et ne risquaient pas de se faire prendre, la loi du silence aidant. Beaucoup de ceux qui partirent combattre ne revinrent pas et la grogne monta d'un cran.

                        Un matin, on entendit frapper violemment à la porte et Hassen, inquiet se leva précipitamment pour aller ouvrir. Mais devant la porte, il hésita. Il était très tôt et il se demanda qui pouvait bien venir frapper si nerveusement chez lui à cette heure indue. Il demanda qui était là et à sa grande surprise, Aini, sa belle-mère lui répondit d'une drôle de voix. Hassen ouvrit alors et vit devant lui la vieille femme échevelée, en pleurs, balbutiant des phrases qu?il ne comprenait pas. Voyant sa mère dans cet état, Aichouche crut qu'il était arrivé un malheur. Sa mère ne la contredit pas et Aichouche se mit à crier pensant que l'un de ses frères était mort. Aussitôt Ouardia qui dormait dans son « doh » se réveilla en hurlant à son tour. Hassen prit la fillette dans ses bras et la donna à sa mère qui s'était calmée. Aini leur annonça qu'Amar, son fils aîné avait été pris par les gendarmes à l'aube. Personne n'avait entendu approcher le "panier à salade" On l'avait sorti du lit et embarqué sans autre forme.Il avait juste eu le temps de s'habiller et d'embrasser Aini qui n'avait pas compris tout de suite qu'on lui enlevait son fils pour qu'il aille faire la guerre. Aini dit que, dans le camion, il y avait d'autres jeunes du quartier et que celui-ci résonnait des lamentations de toutes les mères qui avaient subi la séparation d'avec leur enfant. Et Aini égrena une liste de noms que tout le monde connaissait. On s'apitoya sur le sort de ceux qui n'avaient pas encore dix-huit ans et qui étaient partis, comme le fit remarquer Mohamed « avec la morve au nez ». Puis il y eut un moment de silence pendant lequel on n'entendit plus que le bruit de succion que faisait Ouardia en tétant sa mère.

                

                  

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Mardi 11 Décembre 2007


                

                  

 

                           Ouardia (suite)

 

                    Janvier 1940. L?hiver reprit de la vigueur mais aussi de la rigueur. Le froid était intense mais pas seulement en  Algérie. Les fronts en Europe s?enlisaient et s?embourbaient. C?était la drôle de guerre. On piétinait. Les armées étaient quelque peu figées. Mais le conflit n?en était pas arrêté pour autant. Les atrocités se poursuivaient de manière plus pernicieuse et chaque jour apportait son lot d?informations qu?on commentait dans les cafés. On n?attendit plus très longtemps pour être fixé quant à la mobilisation. Bientôt des affichettes furent collées sur les murs. On faisait appel au contingent outre-mer comme en 1914. On grognait dans les cafés mais on savait que les familles qui avaient des garçons en âge d?être incorporés devraient se résoudre à les laisser partir bon gré mal gré. Il y eut cependant des gars fidèles à leurs principes qui ne répondirent pas à l?appel. C?était les enfants de ceux qui avaient donné leur vie pour la France lors de la première guerre mondiale et qui avaient vécu sans père dans une misère noire car oubliés par ceux-là mêmes qui les avaient privés de leur géniteur. Nombre d?entre eux s?enfuirent dans les maquis alentours. Ils avaient tous plus ou moins de la famille dans les villages environnants et ne risquaient pas de se faire prendre, la loi du silence aidant. Beaucoup de ceux qui partirent combattre ne revinrent pas et la grogne monta d?un cran.

                        Un matin, on entendit frapper violemment à la porte et Hassen, inquiet se leva précipitamment pour aller ouvrir. Mais devant la porte, il hésita. Il était très tôt et il se demanda qui pouvait bien venir frapper si nerveusement chez lui à cette heure indue. Il demanda qui était là et à sa grande surprise, Aini, sa belle-mère lui répondit d?une drôle de voix. Hassen ouvrit alors et vit devant lui la vieille femme échevelée, en pleurs, balbutiant des phrases qu?il ne comprenait pas. Voyant sa mère dans cet état, Aichouche crut qu?il était arrivé un malheur. Sa mère ne la contredit pas et Aichouche se mit à crier pensant que l?un de ses frères était mort. Aussitôt Ouardia qui dormait dans son « doh » se réveilla en hurlant à son tour. Hassen prit la fillette dans ses bras et la donna à sa mère qui s?était calmée. Aini leur annonça qu?Amar, son fils aîné avait été pris par les gendarmes à l?aube. Personne n'avait entendu approcher le "panier à salade" On l?avait sorti du lit et embarqué sans autre forme.Il avait juste eu le temps de s'habiller et d?embrasser Aini qui n?avait pas compris tout de suite qu?on lui enlevait son fils pour qu?il aille faire la guerre. Aini dit que, dans le camion, il y avait d?autres jeunes du quartier et que celui-ci résonnait des lamentations de toutes les mères qui avaient subi la séparation d?avec leur enfant. Et Aini égrena une liste de noms que tout le monde connaissait. On s?apitoya sur le sort de ceux qui n?avaient pas encore dix-huit ans et qui étaient partis, comme le fit remarquer Mohamed « avec la morve au nez ». Puis il y eut un moment de silence pendant lequel on n?entendit plus que le bruit de succion que faisait Ouardia en tétant sa mère.

                

                  

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Jeudi 29 Novembre 2007
                     




                                              

 

 

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Jeudi 15 Novembre 2007

           

Oui, il l'avait trouvée mais ses parents

                                                                             refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C'était l'aînée d'une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n'avait que treize ans à l'époque pour l'aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s'écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n'était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d'agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d'oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l'éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d'Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C'était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d'Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l'Angleterre avaient déclaré la guerre à l'Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C'était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n'était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d'appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C'était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu'on accrochait d'un mur à l'autre et qu'elle balançait infatigablement jusqu'à ce que le bébé s'endormît. Ouardia riait d'abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s'écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu'elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C'était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n'était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L'année 1939 s'acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l'ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu'il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu'il n'oubliait jamais car c'était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

                     

          

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