On resta ainsi pendant un moment, dans le silence. Chacun était perdu dans ses pensées. C’était comme une sorte de recueillement et personne n’osait reprendre la parole en premier. Puis Aini rompit le silence en se mouchant bruyamment. Tout le monde revint sur terre. Aichouche regardait sa mère, le cœur affligé et la larme à l’œil. Enfin, Aini se leva et s’emmitoufla dans sa « fouta ». Elle prit congé en s’excusant d’avoir perturbé le sommeil de « ses enfants » comme elle les appelait. La maison retomba dans un morne silence. Aichouche avait recouché Ouardia puis avait préparé le café du matin. Il n’était que six heures mais elle n’avait plus sommeil. Les deux hommes commentaient l’évènement et Aichouche écoutait distraitement car elle pensait à Amar. Comment allait-il vivre cette période de sa vie ? La guerre c’était dangereux ! Et s’il était blessé ? Ou même tué ? Et des larmes se mirent à couler sur ses joues. Elle ne s’en rendit pas compte et c’est Hassen qui la ramena à
Quelques voisines qui avaient eu vent de l’évènement vinrent réconforter Aichouche et Aini. Celles qui avaient subi le même sort se plaignaient de la façon brutale dont leurs fils pour la plupart à la fleur de l’âge enfantin, leur avaient été arrachés. Et c’était des gémissements à n’en plus finir. Rien ne pouvait consoler ces femmes, ces mères. Certaines pleuraient leurs maris qui les laissaient derrière eux sans ressources avec des petits. Peu à peu, on s’habitua à l’absence des êtres chers, les vicissitudes de la vie aidant.
L’hiver se passa tant bien que mal. Ouardia, malgré les temps difficiles, grandissait et prenait du poids. Son père ne manquait jamais de récupérer quelques bons restes du restaurant de l’hôtel. Il fallait bien ça pour vivre. D’autant plus qu’en juillet, Aichouche sut qu’elle était enceinte. A la fin de ce même mois, Mohamed se trouva la femme de sa vie. Elle était d’un petit village non loin de Tizi, Tirmitine. Elle vivait avec sa mère et sa sœur et s’appelait Fatma. Le mariage se fit très vite et dans ces temps de misère, on ne put faire le couscous de la fête qu’avec des fèves sèches et de l’huile d’olive du bled car Fetta n’oubliait jamais de leur envoyer leur part du précieux liquide. On dansa quand même un peu quand la mariée entra dans
Une semaine après le mariage, les hostilités furent déclarées ouvertes entre les deux belles-sœurs.
Janvier 1940. L'hiver reprit de la vigueur mais aussi de
Un matin, on entendit frapper violemment à la porte et Hassen, inquiet se leva précipitamment pour aller ouvrir. Mais devant la porte, il hésita. Il était très tôt et il se demanda qui pouvait bien venir frapper si nerveusement chez lui à cette heure indue. Il demanda qui était là et à sa grande surprise, Aini, sa belle-mère lui répondit d'une drôle de voix. Hassen ouvrit alors et vit devant lui la vieille femme échevelée, en pleurs, balbutiant des phrases qu?il ne comprenait pas. Voyant sa mère dans cet état, Aichouche crut qu'il était arrivé un malheur. Sa mère ne la contredit pas et Aichouche se mit à crier pensant que l'un de ses frères était mort. Aussitôt Ouardia qui dormait dans son « doh » se réveilla en hurlant à son tour. Hassen prit la fillette dans ses bras et la donna à sa mère qui s'était calmée. Aini leur annonça qu'Amar, son fils aîné avait été pris par les gendarmes à l'aube. Personne n'avait entendu approcher le "panier à salade" On l'avait sorti du lit et embarqué sans autre forme.Il avait juste eu le temps de s'habiller et d'embrasser Aini qui n'avait pas compris tout de suite qu'on lui enlevait son fils pour qu'il aille faire
Janvier 1940. L?hiver reprit de la vigueur mais aussi de
Un matin, on entendit frapper violemment à la porte et Hassen, inquiet se leva précipitamment pour aller ouvrir. Mais devant la porte, il hésita. Il était très tôt et il se demanda qui pouvait bien venir frapper si nerveusement chez lui à cette heure indue. Il demanda qui était là et à sa grande surprise, Aini, sa belle-mère lui répondit d?une drôle de voix. Hassen ouvrit alors et vit devant lui la vieille femme échevelée, en pleurs, balbutiant des phrases qu?il ne comprenait pas. Voyant sa mère dans cet état, Aichouche crut qu?il était arrivé un malheur. Sa mère ne la contredit pas et Aichouche se mit à crier pensant que l?un de ses frères était mort. Aussitôt Ouardia qui dormait dans son « doh » se réveilla en hurlant à son tour. Hassen prit la fillette dans ses bras et la donna à sa mère qui s?était calmée. Aini leur annonça qu?Amar, son fils aîné avait été pris par les gendarmes à l?aube. Personne n'avait entendu approcher le "panier à salade" On l?avait sorti du lit et embarqué sans autre forme.Il avait juste eu le temps de s'habiller et d?embrasser Aini qui n?avait pas compris tout de suite qu?on lui enlevait son fils pour qu?il aille faire
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Oui, il l'avait trouvée mais ses parents
refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C'était l'aînée d'une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n'avait que treize ans à l'époque pour l'aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.
Les mois s'écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de
On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d'Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de
En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C'était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu'on accrochait d'un mur à l'autre et qu'elle balançait infatigablement jusqu'à ce que le bébé s'endormît. Ouardia riait d'abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.
Les jours s'écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu'elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de
L'année 1939 s'acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l'ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu'il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu'il n'oubliait jamais car c'était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à


