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Jeudi 15 Novembre 2007

           

Oui, il l'avait trouvée mais ses parents

                                                                             refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n?était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d?agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d?oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l?éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C?était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d?Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l?Angleterre avaient déclaré la guerre à l?Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C?était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n?était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d?appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C?était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n?était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n?était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d?agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d?oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l?éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C?était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d?Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l?Angleterre avaient déclaré la guerre à l?Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C?était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n?était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d?appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C?était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n?était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n?était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d?agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d?oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l?éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C?était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d?Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l?Angleterre avaient déclaré la guerre à l?Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C?était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n?était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d?appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C?était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n?était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

               

acceptait de menus travaux qui lui permettaient d?agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d?oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C?était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n?était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d?appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C?était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n?était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n?était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d?agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d?oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l?éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C?était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d?Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l?Angleterre avaient déclaré la guerre à l?Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C?était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n?était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d?appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C?était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n?était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n?était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d?agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d?oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l?éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C?était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d?Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l?Angleterre avaient déclaré la guerre à l?Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C?était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n?était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d?appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C?était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n?était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n?était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d?agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d?oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l?éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C?était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d?Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l?Angleterre avaient déclaré la guerre à l?Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C?était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n?était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d?appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C?était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n?était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n?était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d?agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d?oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l?éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C?était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d?Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l?Angleterre avaient déclaré la guerre à l?Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C?était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n?était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d?appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C?était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n?était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n?était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d?agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d?oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l?éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C?était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d?Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l?Angleterre avaient déclaré la guerre à l?Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C?était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n?était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d?appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C?était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n?était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

                         

 

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Jeudi 15 Novembre 2007

           

Oui, il l'avait trouvée mais ses parents

                                                                             refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C’était l’aînée d’une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n’avait que treize ans à l’époque pour l’aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s’écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n’était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d’agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d’oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l’éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d’Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C’était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d’Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l’Angleterre avaient déclaré la guerre à l’Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C’était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n’était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d’appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C’était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu’on accrochait d’un mur à l’autre et qu’elle balançait infatigablement jusqu’à ce que le bébé s’endormît. Ouardia riait d’abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s’écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu’elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C’était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n’était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L’année 1939 s’acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l’ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu’il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu’il n’oubliait jamais car c’était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C’était l’aînée d’une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n’avait que treize ans à l’époque pour l’aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s’écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n’était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d’agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d’oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l’éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d’Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C’était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d’Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l’Angleterre avaient déclaré la guerre à l’Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C’était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n’était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d’appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C’était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu’on accrochait d’un mur à l’autre et qu’elle balançait infatigablement jusqu’à ce que le bébé s’endormît. Ouardia riait d’abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s’écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu’elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C’était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n’était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L’année 1939 s’acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l’ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu’il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu’il n’oubliait jamais car c’était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

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Mardi 13 Novembre 2007

                              

    

          Quelques semaines plus tard, Aichouche remise de ses couches grâce à la présence de sa mère, se rendit au bled où on lui fit fête. Le bébé allait de bras en bras. On l’embrassait, on le tenait à bout de bras pour mieux l’admirer. On s’exclamait que, pour six semaines, Ouardia pesait lourd tout de même. Le soir même, Fetta jeta par sept fois du sel sur la petite fille pour conjurer le mauvais œil. Il était vrai que Ouardia se portât bien car un mois auparavant, les dominicaines qui employaient sa mère autrefois étaient venues la féliciter et lui avaient apporté entre autre, des vêtements et du lait en poudre pour nourrissons. Cependant, Aichouche qui avait craint de ne pas avoir assez de lait pour nourrir son bébé au sein, fut surprise de constater qu’il n’en était rien. Au contraire, elle avait du lait en abondance et du meilleur puisque apparemment la petite en profitait bien et prenait du poids régulièrement.

                   Quelques jours plus tard, il fut question de marier Mohamed et donc de se mettre à la recherche de celle qui partagerait sa vie. Mohamed était pudique et quand on parlait de lui trouver une épouse, il sortait de la maison et ne revenait que quand il apprenait par les enfants que le sujet de conversation avait changé. Hassen encourageait son frère à se marier ainsi pensait-il, sa femme ne s’ennuierait plus et le travail de la maison serait partagé.

                    On était déjà à la mi-décembre de l’année 1938 et curieusement, le temps était assez clément. D’ailleurs, au village, la cueillette des olives battait son plein et, le soleil aidant, les journées étaient plus agréables que pénibles. Les pressoirs tournaient nuit et jour pour recueillir le liquide ambré et parfumé. Chaque famille, à l’exception de quelques unes, avait son pressoir mais celles qui n’en avaient pas n’étaient pas oubliées et avaient leur part. L’huile d’olive avait toujours fait partie des aliments de base en Kabylie. On ne pouvait concevoir un plat quel qu’il fût, sans huile d’olive. Alors laisser quelqu’un en manquer était aussi inconcevable et chacun se faisait un point d’honneur à faire goûter sa production. Personne ne mourait de faim au village car la solidarité était de mise.

                   Juste avant la fin de l’année, Hassen , Aichouche et Mohamed rentrèrent à Tizi. Ils avaient fait le plein d’huile et d’olives en conserve, celles que Dahbia faisaient autrefois manger à ses enfants accompagnées d’une galette bien chaude. Les deux en parlèrent avec nostalgie à Aichouche qui imagina sans peine et le goût et l’odeur de ce repas pour l’avoir elle-même apprécié dans son enfance.

                  Le soir, Aichouche enduisit le corps de son bébé du précieux liquide puis l’enveloppa chaudement dans ses langes. Elle aurait une peau magnifique plus tard, d’après les vieilles femmes. Quand Fetta l’emmaillotait enduite ainsi d’huile d’olive, la petite fille dormait d’un sommeil profond et il fallait que Aichouche lui mît le téton dans la bouche pour la réveiller. Ouardia alors, cherchant avidement le sein de sa mère se mettait à téter en ronronnant de plaisir comme un chat. Ce qui faisait rire tout le monde.

                 La nouvelle année arrivée, on reparla de la future femme de Mohamed. Il l’avait trouvée.

 

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Jeudi 01 Novembre 2007

 

 

                       La réception

                          Lorsque Aichouche invita ses voisines les plus proches pour un café une semaine après la naissance de sa fille, elle entendit certaines conversations qui la blessèrent profondément, son état de jeune accouchée la rendant plus sensible aux propos gratuitement méchants. Certaines de ses bonnes amies n’étaient pas venues là seulement pour fêter la naissance de sa fille mais elles étaient surtout présentes pour émettre des critiques. Comment pouvait-on fêter la naissance d’une fille ? Cela ne se faisait pas ! Qu’avait-on à gagner avec une fille ? Un garçon aurait été bien plus bienvenu ! Mais en même temps, ces « critiqueuses » avalaient à bouche que veux-tu les beignets que Aichouche faisait comme personne et les pâtisseries que Hassen était allé acheter le matin même à crédit. Mais Aichouche fit contre mauvaise fortune bon cœur et continua à s’adresser à toutes très aimablement. Elle amena Ouardia  qu’elle présenta comme la coutume le voulait, aux visiteuses qui  se la passèrent l’une à l’autre en poussant force cris admiratifs que Aichouche savait sincères chez les unes et hypocrites chez les autres. Ouardia, au passage, récoltait dans ses langes l’argent que certaines, plus riches que d’autres, y posaient avec ostentation. Il fallait bien qu’on les vît, c’était important pour leur réputation de femmes généreuses.

                       Après ce qu’elle avait entendu, Aichouche eut hâte que l’après-midi se terminât et fut soulagée quand la dernière invitée prit congé. Alors, elle pleura dans les jupes de sa mère qui, indignée, essaya autant que possible de la consoler en lui disant que ces femmes étaient jalouses. Elle en savait quelque chose, elle, de la méchanceté féminine car elle en avait souffert aussi. Elle n’avait pas été gâtée par sa propre mère qui l’avait donnée à un homme qu’elle n’aimait pas et plus vieux qu’elle de 20 ans. Puis elle était tombée dans les mains d’une belle-mère impitoyable qui était toujours après elle bien qu’elle eût d’autres belles-filles. Elle n’avait trouvé la paix que lorsque son mari, qui avait obtenu du travail sur Tizi, l’avait emmenée avec lui en ville. Elle avait quitté le bled tête baissée mais aussitôt installée dans le petit camion brinqueballant qui transportait leurs quelques hardes, au milieu des ballots où on l’avait installée, elle avait jubilé, et ri et pleuré tout à la fois tant son bonheur était grand de partir. Elle ne savait pas ce qu’elle allait découvrir ni quelle serait sa nouvelle vie mais elle savait qu’elle ne pouvait pas être pire que celle qu’elle avait vécue jusque-là. Aichouche se calma et allaita Ouardia qui réclamait la tétée. Aichouche regardait ce petit bout d’elle qui tirait goulûment sur le téton. Sa petite bouille ronde et rose respirait la santé. Elle paraissait minuscule à Aichouche , et si fragile. Après tout elle n’avait qu’une semaine ! Mais Aini lui assura qu’elle grandirait très vite. Aichouche passa la main dans les cheveux duveteux de sa fille qui avait laché le sein et s’était endormie, repue. Aichouche trouvait que Ouardia était la plus jolie petite fille qu’on pût voir au monde et Aini se mit à rire comme elle n’avait jamais ri auparavant, trouvant  sa fille d’une touchante naiveté.

 

 

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Mercredi 31 Octobre 2007

 

 

           (Chapitre II : Le mariage)

 

 

                   Hassen était allé à Tamight et avait ramené Fetta qui n’avait jamais quitté son village. Son mari Mohand avait quelque peu bougonné mais finalement il l’avait laissée partir. Mohamed fut content de voir Fetta et lui fit fête. Hassen coupa court aux retrouvailles et fit accélérer les choses. On était en janvier et le froid, bien que modéré, glaçait les mains et les visages. Fetta avait emmené avec elle un couffin plein de bonnes choses car il ne fallait surtout pas rentrer les mains vides dans la maison des Mahiout. C’était le nom de la famille chez qui il fallait se rendre. On la connaissait bien dans le quartier. Ils étaient très pauvres et les garçons ne travaillant pas, c’était Aichouche qui pourvoyait à la survie de ses frères et de sa mère en faisant des travaux de lessive pénibles, pour les Sœurs blanches. On ne perdit pas de temps en formalités. Ni la mère ni les frères de Aichouche ne s’opposèrent à l’union des deux jeunes gens et le mariage se fit très vite. Le 20 janvier 1938, Aichouche et Hassen commençaient leur vie de couple.

 

                             En mars 1938, Aichouche annonça à Hassen qu’elle était enceinte. Il fut heureux et en fit part à la famille. Fetta fut très heureuse pour son frère. Mohand comme à son habitude garda le silence. Il ne se sentait pas concerné. Fetta qui ne ressentait plus qu’indifférence pour son mari n’en fit aucun cas. A cette époque Rabah avait donné de ses nouvelles. Elles n’étaient pas très bonnes. La France se débattait alors dans des conflits sociaux et l’Espagne s’enlisait dans une guerre civile qui durait depuis deux ans et qui avait provoqué la mort de milliers de personnes. Une guerre fratricide orchestrée par Franco et soutenue par les régimes totalitaires italien et allemand.

                        En octobre 1938, Aichouche accoucha d’une petite fille qu’on prénomma Ouardia, comme son arrière-grand-mère maternelle. On fêta la naissance de l’enfant tant bien que mal car la vie était difficile et Hassen fut le plus heureux des hommes.

 

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