Oui, il l'avait trouvée mais ses parents
refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.
Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de
On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de
En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.
Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de
L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à
refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.
Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de
On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de
En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.
Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de
L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à
refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.
Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de
On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de
En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.
Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de
L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à
En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.
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L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à
refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.
Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de
On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de
En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.
Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de
L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à
refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C?était l?aînée d?une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n?avait que treize ans à l?époque pour l?aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.
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On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de
En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.
Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de
L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à
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On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d?Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de
En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C?était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu?on accrochait d?un mur à l?autre et qu?elle balançait infatigablement jusqu?à ce que le bébé s?endormît. Ouardia riait d?abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.
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L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à
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Les mois s?écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de
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Les jours s?écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu?elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de
L?année 1939 s?acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l?ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu?il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu?il n?oubliait jamais car c?était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à
Oui, il l'avait trouvée mais ses parents
refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C’était l’aînée d’une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n’avait que treize ans à l’époque pour l’aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.
Les mois s’écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de
On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d’Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de
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L’année 1939 s’acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l’ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu’il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu’il n’oubliait jamais car c’était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à
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En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C’était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu’on accrochait d’un mur à l’autre et qu’elle balançait infatigablement jusqu’à ce que le bébé s’endormît. Ouardia riait d’abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.
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L’année 1939 s’acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l’ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu’il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu’il n’oubliait jamais car c’était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à
Quelques jours plus tard, il fut question de marier Mohamed et donc de se mettre à la recherche de celle qui partagerait sa vie. Mohamed était pudique et quand on parlait de lui trouver une épouse, il sortait de la maison et ne revenait que quand il apprenait par les enfants que le sujet de conversation avait changé. Hassen encourageait son frère à se marier ainsi pensait-il, sa femme ne s’ennuierait plus et le travail de la maison serait partagé.
On était déjà à la mi-décembre de l’année 1938 et curieusement, le temps était assez clément. D’ailleurs, au village, la cueillette des olives battait son plein et, le soleil aidant, les journées étaient plus agréables que pénibles. Les pressoirs tournaient nuit et jour pour recueillir le liquide ambré et parfumé. Chaque famille, à l’exception de quelques unes, avait son pressoir mais celles qui n’en avaient pas n’étaient pas oubliées et avaient leur part. L’huile d’olive avait toujours fait partie des aliments de base en Kabylie. On ne pouvait concevoir un plat quel qu’il fût, sans huile d’olive. Alors laisser quelqu’un en manquer était aussi inconcevable et chacun se faisait un point d’honneur à faire goûter sa production. Personne ne mourait de faim au village car la solidarité était de mise.
Juste avant la fin de l’année, Hassen , Aichouche et Mohamed rentrèrent à Tizi. Ils avaient fait le plein d’huile et d’olives en conserve, celles que Dahbia faisaient autrefois manger à ses enfants accompagnées d’une galette bien chaude. Les deux en parlèrent avec nostalgie à Aichouche qui imagina sans peine et le goût et l’odeur de ce repas pour l’avoir elle-même apprécié dans son enfance.
Le soir, Aichouche enduisit le corps de son bébé du précieux liquide puis l’enveloppa chaudement dans ses langes. Elle aurait une peau magnifique plus tard, d’après les vieilles femmes. Quand Fetta l’emmaillotait enduite ainsi d’huile d’olive, la petite fille dormait d’un sommeil profond et il fallait que Aichouche lui mît le téton dans la bouche pour
La nouvelle année arrivée, on reparla de la future femme de Mohamed. Il l’avait trouvée.
La réception
Lorsque Aichouche invita ses voisines les plus proches pour un café une semaine après la naissance de sa fille, elle entendit certaines conversations qui la blessèrent profondément, son état de jeune accouchée la rendant plus sensible aux propos gratuitement méchants. Certaines de ses bonnes amies n’étaient pas venues là seulement pour fêter la naissance de sa fille mais elles étaient surtout présentes pour émettre des critiques. Comment pouvait-on fêter la naissance d’une fille ? Cela ne se faisait pas ! Qu’avait-on à gagner avec une fille ? Un garçon aurait été bien plus bienvenu ! Mais en même temps, ces « critiqueuses » avalaient à bouche que veux-tu les beignets que Aichouche faisait comme personne et les pâtisseries que Hassen était allé acheter le matin même à crédit. Mais Aichouche fit contre mauvaise fortune bon cœur et continua à s’adresser à toutes très aimablement. Elle amena Ouardia qu’elle présenta comme la coutume le voulait, aux visiteuses qui se la passèrent l’une à l’autre en poussant force cris admiratifs que Aichouche savait sincères chez les unes et hypocrites chez les autres. Ouardia, au passage, récoltait dans ses langes l’argent que certaines, plus riches que d’autres, y posaient avec ostentation. Il fallait bien qu’on les vît, c’était important pour leur réputation de femmes généreuses.
Après ce qu’elle avait entendu, Aichouche eut hâte que l’après-midi se terminât et fut soulagée quand la dernière invitée prit congé. Alors, elle pleura dans les jupes de sa mère qui, indignée, essaya autant que possible de la consoler en lui disant que ces femmes étaient jalouses. Elle en savait quelque chose, elle, de la méchanceté féminine car elle en avait souffert aussi. Elle n’avait pas été gâtée par sa propre mère qui l’avait donnée à un homme qu’elle n’aimait pas et plus vieux qu’elle de 20 ans. Puis elle était tombée dans les mains d’une belle-mère impitoyable qui était toujours après elle bien qu’elle eût d’autres belles-filles. Elle n’avait trouvé la paix que lorsque son mari, qui avait obtenu du travail sur Tizi, l’avait emmenée avec lui en ville. Elle avait quitté le bled tête baissée mais aussitôt installée dans le petit camion brinqueballant qui transportait leurs quelques hardes, au milieu des ballots où on l’avait installée, elle avait jubilé, et ri et pleuré tout à la fois tant son bonheur était grand de partir. Elle ne savait pas ce qu’elle allait découvrir ni quelle serait sa nouvelle vie mais elle savait qu’elle ne pouvait pas être pire que celle qu’elle avait vécue jusque-là. Aichouche se calma et allaita Ouardia qui réclamait
(Chapitre II : Le mariage)
Hassen était allé à Tamight et avait ramené Fetta qui n’avait jamais quitté son village. Son mari Mohand avait quelque peu bougonné mais finalement il l’avait laissée partir. Mohamed fut content de voir Fetta et lui fit fête. Hassen coupa court aux retrouvailles et fit accélérer les choses. On était en janvier et le froid, bien que modéré, glaçait les mains et les visages. Fetta avait emmené avec elle un couffin plein de bonnes choses car il ne fallait surtout pas rentrer les mains vides dans la maison des Mahiout. C’était le nom de la famille chez qui il fallait se rendre. On la connaissait bien dans le quartier. Ils étaient très pauvres et les garçons ne travaillant pas, c’était Aichouche qui pourvoyait à la survie de ses frères et de sa mère en faisant des travaux de lessive pénibles, pour les Sœurs blanches. On ne perdit pas de temps en formalités. Ni la mère ni les frères de Aichouche ne s’opposèrent à l’union des deux jeunes gens et le mariage se fit très vite. Le 20 janvier 1938, Aichouche et Hassen commençaient leur vie de couple.
En mars 1938, Aichouche annonça à Hassen qu’elle était enceinte. Il fut heureux et en fit part à
En octobre 1938, Aichouche accoucha d’une petite fille qu’on prénomma Ouardia, comme son arrière-grand-mère maternelle. On fêta la naissance de l’enfant tant bien que mal car la vie était difficile et Hassen fut le plus heureux des hommes.


