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Mardi 10 Juin 2008

          OUARDIA suite

 

                         Comme il travaillait la nuit, elle le trouva à la maison. Il n’était pas seul. Denise venait de rentrer et servait justement le café non seulement à son compagnon mais aussi à un visiteur qu’elle n’avait jamais vu auparavant. Il était de taille moyenne, blanc de peau. Il parlait le kabyle et Ouardia en conclut qu’il venait juste d’arriver du bled. Elle embrassa ses hôtes puis salua l’étranger dans sa langue. Celui-ci se leva légèrement et lui serra la main. Ouardia remarqua alors qu’il avait une calvitie débutante au dessus d’un front large. Il lui sourit et ses yeux se plissèrent presque à disparaître derrière les paupières. Ouardia pensa qu’il avait un certain charme. Lounès fit les présentations puis Ouardia suivit Denise dans la cuisine. Elles prirent le café entre femmes. Ouardia avait remarqué auparavant  le regard intéressé du visiteur glisser sur sa personne.                     

  La jeune fille quitta l’appartement de son oncle avant l’étranger et rentra à la maison à la tombée de la nuit. Son père était sur le point de partir à l’usine. Au regard interrogateur de ses parents, elle répondit qu’elle avait rendu visite à son oncle. Sur ce, Hassen s’en alla au travail.

  Aichouche qui pouponnait Farid, le petit garçon qu’elle avait mis au monde en mars, ne cacha pas son mécontentement et  gronda sa fille. Elle lui fit une véritable scène et Ouardia en fut excédée. Le bébé se mit à hurler ainsi que Nouara et Achour du haut de ses 14 ans se mêla à la dispute. Cela n’arrangea pas les choses et Ouardia se sachant vaincue, rejoignit sa chambre où elle s’enferma en pleurant. Plus tard, Baya qui voulait dormir tambourina à la porte. Les deux sœurs s’endormirent sans un mot.

  Le lendemain matin, Ouardia enjamba Baya qui ronflait puis descendit dans la cuisine. Il était très tôt et elle trouva Hassen qui se préparait une tasse de café. Il regarda sa fille, l'air étonné de la voir debout de si bonne heure. Mais elle évita son regard et se dirigea vers la salle de bain après l’avoir salué. Quand elle revint, Hassen lui avait mis sur la table un bol de café au lait fumant qu’elle avala avec des tartines beurrées. Elle apprécia ce moment de complicité avec son père. Ces instants étaient très rares et ils en profitaient pour parler de tout et de rien. Il leur arrivait même de rire franchement. Il lui demanda comment s’était passée la visite chez son oncle et Ouardia parla de l’étranger  qu’elle y avait vu. Hassen ne semblait pas le connaître malgré le portrait détaillé que lui en fit Ouardia . Ils cessèrent d’en parler car Aichouche venait d’ouvrir la porte du couloir. Ouardia se leva pour faire bouillir le lait pour tout le monde et prépara le petit-déjeuner de sa mère. Le silence s’était installé dans la cuisine. Hassen se leva alors pour aller dormir. Il laissa la mère et la fille seules.

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Jeudi 05 Juin 2008

 

 

                    Hassen la réveillait alors doucement pour quelle rejoignît sa chambre. A moitié endormie, Ouardia lui demandait si tout allait bien et Hassen la rassurait par une réponse positive.

 

                   La nouvelle année arriva. Les enfants avaient reçu les cadeaux habituels et Hassen les avaient emmenés comme dhabitude chez le marchand de chaussures. Lhiver avait pris de la vigueur en janvier 1955 mais les enfants étaient encore en vacances et profitaient pleinement de la chaleur de la maison et de la bonne soupe brûlante et odorante que Aichouche laissait mijoter sur la vieille cuisinière à charbon. Quand la rentrée arriva, le beau temps se manifesta à nouveau cependant le froid était piquant. Les enfants nen souffrirent pas car ils étaient chaudement habillés.

 

                 En février, un jeune Kabyle nommé Said vint voir Hassen. Il était accompagné dun homme plus âgé que Hassen reconnut vaguement. Il les accueillit, leur offrit le café puis leur demanda lobjet de leur visite. Said embarrassé nosa sexprimer. Alors lhomme plus âgé expliqua à Hassen que Said voulait demander sa fille Ouardia en mariage. Said était avenant. Il avait un visage ouvert et franc couronné de boucles blondes. Il ne devait pas avoir plus de 22 ou 23 ans. Il était vêtu proprement et était plus grand que Hassen. Ouardia et sa mère regardaient la scène à travers le rideau de la cuisine. Le jeune homme intimidé, expliqua quil travaillait à la Lainière, une usine textile concurrente de celle où travaillait Hassen. Il avait demandé un logement et attendait encore. Il était orioginaire de Bouira, une petite bourgade dAlgérie où ses parents vivaient encore. Pour le moment, il habitait au-dessus dun café tenu par un compatriote, rue Daubanton à Roubaix. Hassen leur demanda de revenir à la fin de la semaine car il devait en débattre avec sa fille. Les deux hommes prirent congé et Aichouche suivie par Ouardia fit irruption dans la salle à manger. Hassen les mit au courant de la requête de ses visiteurs et Ouardia fut effrayée sur le coup. Il fallut aux parents une patience dange pour faire admettre à Ouardia quelle nétait pas obligée daccepter. Rassurée, Ouardia se mit à réfléchir. Elle songea à ce grand jeune homme à l’air aimable qui nétait somme toute pas laid du tout. Il se passa plusieurs jours pendant lesquels limage de Said ne la quitta pas. Elle songea quil était plus beau que Julien Vooters. De plus, cétait un Kabyle. Il parlait sa langue. Elle verrait quand il reviendrait.

 

                A la fin du mois, Said, toujours accompagné de son compagnon Larbi (cétait son prénom), revint chez Hassen. Il avait apporté un couffin de fruits, de légumes, de viande à tout hasard. Ils sassirent et Hassen demanda à Ouardia de poser le café et de le servir. Aichouche pour la circonstance avait revêtu sa fille d’une jolie tenue d’intérieur. Ouardia avait relevé ses cheveux d’une charmante manière. Elle sentait le regard  du prétendant qui ne la regardait que quand il était sûr que Hassen ne pouvait pas le voir. Chaque fois que pendant le service Ouardia se mettait entre eux, il levait la tête et jetait un coup d’œil furtif à la jeune fille qui rougissait jusqu’aux oreilles, surtout lorsque leurs regards se rencontraient. Hassen demanda à Ouardia de s’asseoir à côté de lui et lui fit part officiellement de la demande en mariage. Il lui dit à nouveau qu’elle n’était pas obligée d’accepter. Mais à la stupeur de tous, elle acquiesça, les yeux baissés et le visage cramoisi. Il fut bien entendu que le mariage ne se ferait que lorsque Said serait logé décemment. Pour les fiançailles, elles auraient lieu en mars. Said devrait amener ses témoins et le cheikh qui prononcerait la fatiha. A partir de ce moment-là seulement, Said serait autorisé à faire sa cour à Ouardia. Mais Said, honnête comme il était, avait objecté qu’il ne ramènerait le religieux que lorsqu’on lui aurait donné un logement. Pour le moment il avait la promesse de Hassen et il s’en contenterait. Pendant les mois qui suivirent, Ouardia ne vit qu’une fois son promis et encore avec toute la famille.

                  L’année se passa ainsi. Les deux amoureux ne se virent pas mais Hassen rencontrait de temps à autre Said et lui demandait des nouvelles de son logement. Le jeune homme répondait invariablement qu’il patientait toujours. Ils se saluaient puis passaient leur chemin. Mais Hassen, s’éloignant, grommelait que ce n’était pas sérieux. Qu’est ce qui lui avait pris de promettre sa fille à un homme qui n’avait pas où loger ? C’était insensé !

                 Un an plus tard, Said n’avait toujours pas eu son logement et parfois, quand il apercevait Hassen de loin, il changeait de chemin ou il rentrait dans un magasin pour ne pas le rencontrer.

                 En août 1956, Ouardia souffrit dune bronchite sévère. Elle se faisait suivre par lancien médecin de famille, le docteur G.., qui habitait rue de la Conférence, perpendiculaire à la rue dAlger, à Roubaix. Un jour, en revenant dun contrôle médical, elle décida daller rendre visite à son oncle Lounès.

 

 

 

 

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Mardi 03 Juin 2008

               OUARDIA suite

 

La vie reprit son cours. Ouardia avait renoué avec ses travaux quotidiens : le ménage, les enfants. Elle s’occupait surtout de Djoher et de Chabane. Djoher était revenue de voyage traumatisée. Elle avait été agressée par des chats qu’elle avait taquinés alors qu’ils mangeaient des sardines. Elle en avait gardé des cicatrices aux bras et une phobie des félidés. Si elle était au jardin et qu’un de ces animaux le traversait par hasard, elle poussait des cris déchirants qui ameutaient même le voisinage. On la trouvait allongée sur le sol, le nez dans la terre et les bras sur la tête, au bord de l’évanouissement. Pendant ce temps-là, le chat passait dans une royale indifférence. On la ramassait, on la nettoyait, on la rassurait mais elle tremblait encore plusieurs heures après.

 

  Septembre arriva avec la rentrée des classes. Baya emmena Zhor à l’école de filles du Crétinier. Ouardia se chargea de Achour qu’elle laissa avec deux de ses camarades devant l’école Condorcet. Là, il y avait une cohue indescriptible dans laquelle les nouveaux et les anciens élèves se pressaient en se bousculant vers le portail béant. Ouardia, Chabane et Djoher se dirigèrent vers l’école maternelle où Madame Cauet, la directrice, accueillait chaleureusement les petits. Mais comme d’habitude, la séparation d’avec les mères était dure pour certains. Alors c’était des pleurs à n’en plus finir que  la bonne Madame Cauet essayait de calmer à coups de friandises. Ouardia n’eut aucun problème avec Djoher qui était plutôt heureuse de revoir ses amies. Il n’en fut pas de même avec Chabane qui rentrait pour la première fois à l’école. Madame Cauet le prit dans ses bras et conseilla à Ouardia de partir très vite. Elle se débrouillerait, habituée qu’elle était à vivre ces petits drames chaque année. Ouardia, le coeur gros en pensant à son petit frère en larmes, revint à la maison. Elle raconta à sa mère ce qui s’était passé. Aichouche, sans état d’âme, lui dit qu’il s’habituerait comme les autres. Puis elle s’en retourna vaquer à ses occupations. En effet, le soir, quand Ouardia récupéra les petits, le plus bavard fut Chabane. Il avait oublié sa petite crise du matin et racontait, en zozotant légèrement, les péripéties de sa journée. Ouardia riait de le voir si heureux.

 

           Dans l’après-midi, Aichouche seule avec Ouardia et Aini, leur avait un peu raconté leur séjour. Elle leur avait appris la mort de Amar, l’oncle de Hassen. Aini avait essuyé des larmes qui ne coulaient plus. Mais Ouardia qui connaissait bien son grand-oncle avait beaucoup pleuré. Elle avait demandé des nouvelles de sa femme Yamna et de sa fille Taous. Aichouche lui dit que Taous avait emmené sa mère qui vivrait désormais à Alger avec elle. Elle ne pouvait plus la laisser au village. Yamna n’était plus toute jeune et avait besoin qu’on s’occupât d’elle. Aini demanda des nouvelles de sa belle-fille et de ses petits-enfants. Aichouche avait remis à sa belle-sœur tout ce que son frère lui avait envoyé. Elle les avait trouvés tous en bonne santé et Aini essuya de nouveau ses yeux.

 

Septembre s’en alla, puis octobre. Début novembre, Hassen qui écoutait la radio et qui passait son temps à changer de station,  annonça aux siens que leur pays était entré en guerre contre l’occupant Français. Cette nouvelle alarma toute la famille et les amis. Pour la famille Ait-Ferrach , rien n’avait changé dans le quartier. L’attitude des gens vis-à-vis d’eux était restée la même. Ouardia était sensible aux évènements graves qui se déroulaient en Algérie et pensait beaucoup à ses tantes et à ses cousins restés au pays. Elle demeurait souvent tard le soir avec son père pour écouter les dernières nouvelles. Parfois, elle s’endormait la tête sur la table, épuisée par ses longues journées de corvées.

 

 

 

 

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Dimanche 01 Juin 2008

 

                                            OUARDIA suite

 

 

 

 

                           On ne put rien faire pour arranger la situation et il fallut patienter. Le beau temps revint enfin et avec lui, la chaleur. Une chaleur insoutenable, propre au Nord de la France. Mais au bout de huit jours tout avait séché au point qu’il fallut de nouveau arroser le jardin. Ouardia et Baya avait nettoyé la cave de la maison paternelle et avait ensuite étalé le reste de charbon de l’hiver précédent qui avait été submergé par l’eau. Par la suite, les deux filles avaient aidé Angèle à nettoyer son sous-sol.

 

 

 

                           On était déjà le 10 août et aucune nouvelle n’était arrivée de Tizi. Ouardia s’impatientait et ne savait plus quoi faire pour tromper son ennui. Baya passait le sien à lire des « Nous deux » revue à laquelle Angèle était abonnée. Elle pouvait passer des heures à parcourir ces magazines. Et il ne fallait pas la déranger dans ces moments d’évasion. Sinon, c’était des disputes qui n’en finissaient plus entre les deux filles. Quant à Achour, il était dans la rue presque toute la journée. Il ne rentrait à la maison que pour manger et dormir. Il n’emmenait plus sa grand-mère au jardin. Ouardia s’en chargeait puis arrosait les tomates et les haricots verts qui commençaient à germer. Elle pensa que son père serait content de voir comment elle avait pris soin de  son potager. Ouardia discutait avec Aini jusqu’à ce que la vieille dame s’endormît sur son socle, allongée sur le foulard qu’elle y avait étalé. Pendant ce temps-là, la jeune fille se rendait au poulailler pour y ramasser les œufs qu’elle apportait chaque jour à Angèle, ou nourrissait les lapins qui s’étaient multipliés. Deux lapines avaient eu vingt-cinq petits. Ouardia avait pris soin de séparer les mâles des femelles car comme sa mère le lui avait dit, les lapins pouvaient manger les petits.

 

 

 

 

 

 

                          Les jours défilaient et plus la fin du mois approchait,  plus les enfants étaient impatients de revoir leurs parents. Il leur semblait que les jours s’éloignaient ou s’allongeaient. Enfin, ce fut le dernier jour. Les enfants étaient intenables. Ouardia et Baya s’étaient empressées de déménager leurs affaires ainsi que celles de Achour et de leur grand-mère puis s’étaient rendues dans la maison. Elles avaient vérifié que tout était en ordre. Leurs parents pouvaient venir maintenant. On passa la dernière nuit dans la maison. Le lendemain, ce fut l’effervescence. Achour ne tenait plus en place et s'était posté  au coin de la rue pour voir venir. Il rentrait puis sortait sans cesse de la maison et finit par exaspérer sa grande sœur qui le chassa et ferma la porte violemment derrière lui.

 

 

 

                Vers deux heures de l’après-midi enfin, un taxi s’arrêta devant la maison et les enfants en sortirent les premiers. Ils se précipitèrent tout de suite pour rejoindre leurs aînés et ils sautaient de joie d’être revenus chez eux. Soudainement, la maison avait retrouvé son animation. Les enfants embrassèrent leurs parents avec amour. Achour aida à entrer les bagages, tout fier d’en avoir la charge. Pour ses onze ans il était fort et ses camarades craignaient sa poigne. Aichouche, à qui sa mère avait vraiment manqué, embrassait Aini et la serrait dans ses bras. Ouardia mangeait Nouara de baisers. Elle aimait la petite plus que les autres car c’était elle qui l’élevait. Zhor et Chabane reprenaient bruyamment possession de leur territoire. Dans la soirée, Lounes , Ali et Amar vinrent voir leur sœur. Ouardia en fut contrariée car elle voulait que cette journée de retrouvailles n’appartînt qu’à sa famille. Hassen, à la vue de ses beaux-frères, se renfrogna. Il était sûr que les mauvaises habitudes se réinstalleraient rapidement. De  toute façon, ils lui avaient gâché son plaisir. Mais comme d’habitude, il se résigna et fit contre mauvaise fortune bon cœur. Comme s'il n'était jamais parti, il reprit sa place près du poèle dans la salle à manger et plongea dans une méditation qui lui était propre. Ouardia ruminait sa colère, impuissante qu'elle était de pouvoir changer les choses.

 

 

 

        

 

 

 

  

 

 

 

                           

 

 

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Mardi 27 Mai 2008

 

 

 

 

 

 

                             Les enfants et leur grand-mère attendaient chaque jour le facteur devant la porte dans l’espoir qu’il y eût une lettre venue du bled. Mais ils attendirent en vain. De toute façon, Hassen n’écrivait jamais, même quand il vivait seul en France. Il préférait envoyer des nouvelles par l’intermédiaire de ceux qui traversaient la Méditerranée pour rendre visite à leur famille.

 

 

                             Chaque jour pour tuer le temps, Ouardia et Baya faisaient le ménage à la maison qui n’avait pas besoin d’être nettoyée. Mais comme elles se languissaient de leurs parents, ce ménage devenait une échappatoire à l’ennui. Pendant qu’elles étaient dans la maison, Achour et Aini étaient dans le jardin. L’enfant prenait le tuyau d’arrosage et s’occupait des semis. Aini, elle, assise sur le socle en béton, lézardait au soleil. Quand Achour lui disait d’aller à l’ombre elle refusait arguant du fait que l’astre lui réchauffait les os. Achour abandonnait la partie sachant que son aieule était têtue. A midi, tout le monde rentrait chez Angèle qui leur servait le déjeuner, en général, de la carbonade dont Achour raffolait. Aini s’endormait aussitôt la dernière bouchée avalée et Ouardia faisait la vaisselle aidée en cela par Danièle qui ne rechignait jamais à l’ouvrage à l’inverse de Nicole qui se faisait prier.

 

 

                         A la mi-août, le ciel se couvrit comme il ne s’était jamais couvert. Des nuages bas et menaçants couraient dans le ciel et n’annonçaient rien de bon. Ouardia se rendit au jardin puis au poulailler où elle enferma les volailles piaillant dans la cabane dont elle ferma la porte au cadenas. Elle s’assura que les clapiers étaient protégés de la pluie. Puis elle rentra en courant dans la maison et ferma les fenêtres qui restaient ouvertes une bonne partie de la journée. Enfin , elle rev int chez Angèle au moment où les premiers éclairs sillonnaient le ciel de leur langue de feu. De grosses gouttes s’étaient mises à tomber et une odeur de terre mouillée que Ouardia trouva délicieuse, s’évapora du sol assoiffé. Elle se précipita dans la maison et poussa rapidement la porte, apeurée par les grondements du tonnerre et les éclairs éblouissants et bleutés qui déchiraient les nues. La pluie et la grêle s’étaient unies pour produire le bruit étourdissant qu’elles faisaient en frappant sur les tuiles de la maison. Les enfants étaient blottis dans leur lit, effrayés par ce déchaînement de la nature. Ouardia avait serré contre elle ses frère et sœur et écoutait avec crainte tout ce qui  se passait dehors. Elle n’arrivait pas à fermer l’œil. Aini, dont le lit avait été posé à même le sol dans un coin de la chambre, dormait comme une bienheureuse. Rien ne la dérangeait et on entendait son léger ronflement dans le silence de la pièce. Parfois le bruit de la foudre qui tombait on ne savait où fracassait cette apparente quiétude. Des lueurs fulgurantes brisaient l’obscurité du lieu et Ouardia serrait alors un peu plus fort Baya et Achour contre elle. La pluie tomba ainsi toute la nuit.Le lendemain, dans le quartier il y avait une inondation. L'Espierre était sortie de son  lit et les passants pataugeaient dans la rue. Les uns avaient enlevé leurs chaussures, les autres plus prudents les avaient gardées et fendaient l'eau stagnante avec précaution. Certains riaient de cette situation somme toute, cocasse. Il fallut une journée entière à l'Espierre pour retourner dans son lit. 

                   Le surlendemain la chaleur était moite et étouffante. La terre exhalait une vapeur oppressante presque irrespirable. On eût dit qu’elle respirait enfin après la longue période de sécheresse qu’elle avait endurée. C’était pénible et ce jour-là, on sortit peu. Mais Ouardia se rendit quand même à la maison paternelle. Là elle constata les dégâts que la pluie avait causés. Il y avait une gouttière dans les plafonds de sa chambre et de celle de ses parents. Le lit conjugal était trempé. Ouardia sortit les couvertures et les draps et les mit sur la corde à linge du jardin. Sa chambre avait eu plus de chance : c’était le sol qui était détrempé. Elle épongea l’eau puis elle descendit à la cave et la trouva inondée.Enfin, avançant péniblement dans le sol boueux, elle retourna chez Angèle qui avait constaté que sa propre cave était remplie d'eau. 

 

 

 

 

 

                           

 

 

                          

 

 

                       

 

 

 

 

 

 

 

 

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