OUARDIA suite
Comme il travaillait la nuit, elle le trouva à
La jeune fille quitta l’appartement de son oncle avant l’étranger et rentra à la maison à la tombée de
Aichouche qui pouponnait Farid, le petit garçon qu’elle avait mis au monde en mars, ne cacha pas son mécontentement et gronda sa fille. Elle lui fit une véritable scène et Ouardia en fut excédée. Le bébé se mit à hurler ainsi que Nouara et Achour du haut de ses 14 ans se mêla à
Le lendemain matin, Ouardia enjamba Baya qui ronflait puis descendit dans
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Hassen la réveillait alors doucement pour qu’elle rejoignît sa chambre. A moitié endormie, Ouardia lui demandait si tout allait bien et Hassen la rassurait par une réponse positive.
La nouvelle année arriva. Les enfants avaient reçu les cadeaux habituels et Hassen les avaient emmenés comme d’habitude chez le marchand de chaussures. L’hiver avait pris de la vigueur en janvier 1955 mais les enfants étaient encore en vacances et profitaient pleinement de la chaleur de la maison et de la bonne soupe brûlante et odorante que Aichouche laissait mijoter sur la vieille cuisinière à charbon. Quand la rentrée arriva, le beau temps se manifesta à nouveau cependant le froid était piquant. Les enfants n’en souffrirent pas car ils étaient chaudement habillés.
En février, un jeune Kabyle nommé Said vint voir Hassen. Il était accompagné d’un homme plus âgé que Hassen reconnut vaguement. Il les accueillit, leur offrit le café puis leur demanda l’objet de leur visite. Said embarrassé n’osa s’exprimer. Alors l’homme plus âgé expliqua à Hassen que Said voulait demander sa fille Ouardia en mariage. Said était avenant. Il avait un visage ouvert et franc couronné de boucles blondes. Il ne devait pas avoir plus de 22 ou 23 ans. Il était vêtu proprement et était plus grand que Hassen. Ouardia et sa mère regardaient la scène à travers le rideau de
A la fin du mois, Said, toujours accompagné de son compagnon Larbi (c’était son prénom), revint chez Hassen. Il avait apporté un couffin de fruits, de légumes, de viande à tout hasard. Ils s’assirent et Hassen demanda à Ouardia de poser le café et de le servir. Aichouche pour la circonstance avait revêtu sa fille d’une jolie tenue d’intérieur. Ouardia avait relevé ses cheveux d’une charmante manière. Elle sentait le regard du prétendant qui ne la regardait que quand il était sûr que Hassen ne pouvait pas le voir. Chaque fois que pendant le service Ouardia se mettait entre eux, il levait la tête et jetait un coup d’œil furtif à la jeune fille qui rougissait jusqu’aux oreilles, surtout lorsque leurs regards se rencontraient. Hassen demanda à Ouardia de s’asseoir à côté de lui et lui fit part officiellement de la demande en mariage. Il lui dit à nouveau qu’elle n’était pas obligée d’accepter. Mais à la stupeur de tous, elle acquiesça, les yeux baissés et le visage cramoisi. Il fut bien entendu que le mariage ne se ferait que lorsque Said serait logé décemment. Pour les fiançailles, elles auraient lieu en mars. Said devrait amener ses témoins et le cheikh qui prononcerait
L’année se passa ainsi. Les deux amoureux ne se virent pas mais Hassen rencontrait de temps à autre Said et lui demandait des nouvelles de son logement. Le jeune homme répondait invariablement qu’il patientait toujours. Ils se saluaient puis passaient leur chemin. Mais Hassen, s’éloignant, grommelait que ce n’était pas sérieux. Qu’est ce qui lui avait pris de promettre sa fille à un homme qui n’avait pas où loger ? C’était insensé !
Un an plus tard, Said n’avait toujours pas eu son logement et parfois, quand il apercevait Hassen de loin, il changeait de chemin ou il rentrait dans un magasin pour ne pas le rencontrer.
En août 1956, Ouardia souffrit d’une bronchite sévère. Elle se faisait suivre par l’ancien médecin de famille, le docteur G.., qui habitait rue de la Conférence, perpendiculaire à la rue d’Alger, à Roubaix. Un jour, en revenant d’un contrôle médical, elle décida d’aller rendre visite à son oncle Lounès.
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La vie reprit son cours. Ouardia avait renoué avec ses travaux quotidiens : le ménage, les enfants. Elle s’occupait surtout de Djoher et de Chabane. Djoher était revenue de voyage traumatisée. Elle avait été agressée par des chats qu’elle avait taquinés alors qu’ils mangeaient des sardines. Elle en avait gardé des cicatrices aux bras et une phobie des félidés. Si elle était au jardin et qu’un de ces animaux le traversait par hasard, elle poussait des cris déchirants qui ameutaient même le voisinage. On la trouvait allongée sur le sol, le nez dans la terre et les bras sur la tête, au bord de l’évanouissement. Pendant ce temps-là, le chat passait dans une royale indifférence. On la ramassait, on la nettoyait, on la rassurait mais elle tremblait encore plusieurs heures après.
Septembre arriva avec la rentrée des classes. Baya emmena Zhor à l’école de filles du Crétinier. Ouardia se chargea de Achour qu’elle laissa avec deux de ses camarades devant l’école Condorcet. Là, il y avait une cohue indescriptible dans laquelle les nouveaux et les anciens élèves se pressaient en se bousculant vers le portail béant. Ouardia, Chabane et Djoher se dirigèrent vers l’école maternelle où Madame Cauet, la directrice, accueillait chaleureusement les petits. Mais comme d’habitude, la séparation d’avec les mères était dure pour certains. Alors c’était des pleurs à n’en plus finir que
Dans l’après-midi, Aichouche seule avec Ouardia et Aini, leur avait un peu raconté leur séjour. Elle leur avait appris la mort de Amar, l’oncle de Hassen. Aini avait essuyé des larmes qui ne coulaient plus. Mais Ouardia qui connaissait bien son grand-oncle avait beaucoup pleuré. Elle avait demandé des nouvelles de sa femme Yamna et de sa fille Taous. Aichouche lui dit que Taous avait emmené sa mère qui vivrait désormais à Alger avec elle. Elle ne pouvait plus la laisser au village. Yamna n’était plus toute jeune et avait besoin qu’on s’occupât d’elle. Aini demanda des nouvelles de sa belle-fille et de ses petits-enfants. Aichouche avait remis à sa belle-sœur tout ce que son frère lui avait envoyé. Elle les avait trouvés tous en bonne santé et Aini essuya de nouveau ses yeux.
Septembre s’en alla, puis octobre. Début novembre, Hassen qui écoutait la radio et qui passait son temps à changer de station, annonça aux siens que leur pays était entré en guerre contre l’occupant Français. Cette nouvelle alarma toute la famille et les amis. Pour
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On ne put rien faire pour arranger
On était déjà le 10 août et aucune nouvelle n’était arrivée de Tizi. Ouardia s’impatientait et ne savait plus quoi faire pour tromper son ennui. Baya passait le sien à lire des « Nous deux » revue à laquelle Angèle était abonnée. Elle pouvait passer des heures à parcourir ces magazines. Et il ne fallait pas la déranger dans ces moments d’évasion. Sinon, c’était des disputes qui n’en finissaient plus entre les deux filles. Quant à Achour, il était dans la rue presque toute
Les jours défilaient et plus la fin du mois approchait, plus les enfants étaient impatients de revoir leurs parents. Il leur semblait que les jours s’éloignaient ou s’allongeaient. Enfin, ce fut le dernier jour. Les enfants étaient intenables. Ouardia et Baya s’étaient empressées de déménager leurs affaires ainsi que celles de Achour et de leur grand-mère puis s’étaient rendues dans
Vers deux heures de l’après-midi enfin, un taxi s’arrêta devant la maison et les enfants en sortirent les premiers. Ils se précipitèrent tout de suite pour rejoindre leurs aînés et ils sautaient de joie d’être revenus chez eux. Soudainement, la maison avait retrouvé son animation. Les enfants embrassèrent leurs parents avec amour. Achour aida à entrer les bagages, tout fier d’en avoir
Les enfants et leur grand-mère attendaient chaque jour le facteur devant la porte dans l’espoir qu’il y eût une lettre venue du bled. Mais ils attendirent en vain. De toute façon, Hassen n’écrivait jamais, même quand il vivait seul en France. Il préférait envoyer des nouvelles par l’intermédiaire de ceux qui traversaient la Méditerranée pour rendre visite à leur famille.
Chaque jour pour tuer le temps, Ouardia et Baya faisaient le ménage à la maison qui n’avait pas besoin d’être nettoyée. Mais comme elles se languissaient de leurs parents, ce ménage devenait une échappatoire à l’ennui. Pendant qu’elles étaient dans la maison, Achour et Aini étaient dans le jardin. L’enfant prenait le tuyau d’arrosage et s’occupait des semis. Aini, elle, assise sur le socle en béton, lézardait au soleil. Quand Achour lui disait d’aller à l’ombre elle refusait arguant du fait que l’astre lui réchauffait les os. Achour abandonnait la partie sachant que son aieule était têtue. A midi, tout le monde rentrait chez Angèle qui leur servait le déjeuner, en général, de la carbonade dont Achour raffolait. Aini s’endormait aussitôt la dernière bouchée avalée et Ouardia faisait la vaisselle aidée en cela par Danièle qui ne rechignait jamais à l’ouvrage à l’inverse de Nicole qui se faisait prier.
A la mi-août, le ciel se couvrit comme il ne s’était jamais couvert. Des nuages bas et menaçants couraient dans le ciel et n’annonçaient rien de bon. Ouardia se rendit au jardin puis au poulailler où elle enferma les volailles piaillant dans la cabane dont elle ferma la porte au cadenas. Elle s’assura que les clapiers étaient protégés de
Le surlendemain la chaleur était moite et étouffante. La terre exhalait une vapeur oppressante presque irrespirable. On eût dit qu’elle respirait enfin après la longue période de sécheresse qu’elle avait endurée. C’était pénible et ce jour-là, on sortit peu. Mais Ouardia se rendit quand même à la maison paternelle. Là elle constata les dégâts que la pluie avait causés. Il y avait une gouttière dans les plafonds de sa chambre et de celle de ses parents. Le lit conjugal était trempé. Ouardia sortit les couvertures et les draps et les mit sur la corde à linge du jardin. Sa chambre avait eu plus de chance : c’était le sol qui était détrempé. Elle épongea l’eau puis elle descendit à la cave et la trouva inondée.Enfin, avançant péniblement dans le sol boueux, elle retourna chez Angèle qui avait constaté que sa propre cave était remplie d'eau.

