(Chapitre premier : Au commencement…………)
Le jour où Hassen aperçut Aichouche pour la première fois, c’était à la fontaine. Il sut tout de suite qu’elle serait sa compagne des bons et des mauvais jours. Ce jour-là, Aichouche dominait de sa grande taille ses camarades qui, comme elle, étaient de corvée d’eau. Elle riait à gorge déployée et son rire était communicatif puisque les jeunes filles riaient elles aussi mais plus discrètement. Hassen s’était arrêté non loin de là pour les observer, risquant ainsi de se faire houspiller par un ancien qui n’aurait certainement pas aimé son attitude de « voyeur ». Il aimait voir Aichouche tête nue quand le foulard malmené par les gestes brusques, glissait et laissait s’échapper sur ses épaules la belle chevelure brune de la jeune fille. Il aimait la voir sourire et le diastème qui lui écartait les dents de la mâchoire supérieure lui donnait un charme supplémentaire. Ses yeux malicieux étaient sans cesse en mouvements et ne perdaient rien du spectacle de la rue. Et pourtant, lui, elle ne le voyait pas. Comment cela était-il possible ? Pourtant il faisait preuve d’indiscrétion, il ne se cachait pas pour la regarder. Parfois même, lorsqu’un de ses amis passait, il haussait la voix pour le saluer afin de se faire remarquer. Mais rien à faire, la jeune fille l’ignorait ou feignait de l’ignorer. Hassen ne savait rien d’elle mais il était bien décidé à se renseigner et très vite car, se disait-il, une femme comme celle-là ne se trouvait pas facilement. La première personne qu’il interrogea fut son frère Mohamed qui habitait le quartier depuis plus longtemps que lui. Mohamed connaissait les frères de Aichouche car ils fréquentaient le même café du centre ville. Il savait que c’était une famille très pauvre car aucun n’avait un travail aussi peu rémunérateur que ce fût. Ils « bricolaient » comme beaucoup car n’ayant aucun niveau scolaire, aucun ne pouvait prétendre se faire embaucher si ce n’était que pour une tâche humiliante. Alors, ils vivaient du fruit de petits travaux à la sauvette. Mais les trois frères avaient pour ambition de se rendre un jour en France. Mohamed apprit plus tard que Aichouche était la seule fille de la fratrie car Aini, leur mère, avait perdu plusieurs de ses enfants lorsque l’épidémie de typhus avait sévi dans la région. Aini avait pu sauver trois de ses fils et Aichouche. Hassen en savait suffisamment pour la demander en mariage. Entre-temps, il apprit l’histoire du cheval et du mariage ainsi manqué. Ce qui le fit bien rire. Plus tard, Aichouche lui raconta l’histoire de la marelle, ce qui le fit rire aussi. Enfin, un matin Hassen se décida et accompagné de sa sœur Fetta, il alla proposer le mariage à Aichouche.
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