La réception
Lorsque Aichouche invita ses voisines les plus proches pour un café une semaine après la naissance de sa fille, elle entendit certaines conversations qui la blessèrent profondément, son état de jeune accouchée la rendant plus sensible aux propos gratuitement méchants. Certaines de ses bonnes amies n’étaient pas venues là seulement pour fêter la naissance de sa fille mais elles étaient surtout présentes pour émettre des critiques. Comment pouvait-on fêter la naissance d’une fille ? Cela ne se faisait pas ! Qu’avait-on à gagner avec une fille ? Un garçon aurait été bien plus bienvenu ! Mais en même temps, ces « critiqueuses » avalaient à bouche que veux-tu les beignets que Aichouche faisait comme personne et les pâtisseries que Hassen était allé acheter le matin même à crédit. Mais Aichouche fit contre mauvaise fortune bon cœur et continua à s’adresser à toutes très aimablement. Elle amena Ouardia qu’elle présenta comme la coutume le voulait, aux visiteuses qui se la passèrent l’une à l’autre en poussant force cris admiratifs que Aichouche savait sincères chez les unes et hypocrites chez les autres. Ouardia, au passage, récoltait dans ses langes l’argent que certaines, plus riches que d’autres, y posaient avec ostentation. Il fallait bien qu’on les vît, c’était important pour leur réputation de femmes généreuses.
Après ce qu’elle avait entendu, Aichouche eut hâte que l’après-midi se terminât et fut soulagée quand la dernière invitée prit congé. Alors, elle pleura dans les jupes de sa mère qui, indignée, essaya autant que possible de la consoler en lui disant que ces femmes étaient jalouses. Elle en savait quelque chose, elle, de la méchanceté féminine car elle en avait souffert aussi. Elle n’avait pas été gâtée par sa propre mère qui l’avait donnée à un homme qu’elle n’aimait pas et plus vieux qu’elle de 20 ans. Puis elle était tombée dans les mains d’une belle-mère impitoyable qui était toujours après elle bien qu’elle eût d’autres belles-filles. Elle n’avait trouvé la paix que lorsque son mari, qui avait obtenu du travail sur Tizi, l’avait emmenée avec lui en ville. Elle avait quitté le bled tête baissée mais aussitôt installée dans le petit camion brinqueballant qui transportait leurs quelques hardes, au milieu des ballots où on l’avait installée, elle avait jubilé, et ri et pleuré tout à la fois tant son bonheur était grand de partir. Elle ne savait pas ce qu’elle allait découvrir ni quelle serait sa nouvelle vie mais elle savait qu’elle ne pouvait pas être pire que celle qu’elle avait vécue jusque-là. Aichouche se calma et allaita Ouardia qui réclamait

"...propos gratuitement méchants." Il fallait bien qu’on les vît, c’était important pour leur réputation de femmes généreuses.
" Toute une culture.
"Mais Aichouche fit contre mauvaise fortune bon cœur et continua à s’adresser à toutes très aimablement." Une sorte de Djoher, quoi! Il y en a quand même de telles femmes.
Bien à vous.