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Mardi 13 Novembre 2007

                              

    

          Quelques semaines plus tard, Aichouche remise de ses couches grâce à la présence de sa mère, se rendit au bled où on lui fit fête. Le bébé allait de bras en bras. On l’embrassait, on le tenait à bout de bras pour mieux l’admirer. On s’exclamait que, pour six semaines, Ouardia pesait lourd tout de même. Le soir même, Fetta jeta par sept fois du sel sur la petite fille pour conjurer le mauvais œil. Il était vrai que Ouardia se portât bien car un mois auparavant, les dominicaines qui employaient sa mère autrefois étaient venues la féliciter et lui avaient apporté entre autre, des vêtements et du lait en poudre pour nourrissons. Cependant, Aichouche qui avait craint de ne pas avoir assez de lait pour nourrir son bébé au sein, fut surprise de constater qu’il n’en était rien. Au contraire, elle avait du lait en abondance et du meilleur puisque apparemment la petite en profitait bien et prenait du poids régulièrement.

                   Quelques jours plus tard, il fut question de marier Mohamed et donc de se mettre à la recherche de celle qui partagerait sa vie. Mohamed était pudique et quand on parlait de lui trouver une épouse, il sortait de la maison et ne revenait que quand il apprenait par les enfants que le sujet de conversation avait changé. Hassen encourageait son frère à se marier ainsi pensait-il, sa femme ne s’ennuierait plus et le travail de la maison serait partagé.

                    On était déjà à la mi-décembre de l’année 1938 et curieusement, le temps était assez clément. D’ailleurs, au village, la cueillette des olives battait son plein et, le soleil aidant, les journées étaient plus agréables que pénibles. Les pressoirs tournaient nuit et jour pour recueillir le liquide ambré et parfumé. Chaque famille, à l’exception de quelques unes, avait son pressoir mais celles qui n’en avaient pas n’étaient pas oubliées et avaient leur part. L’huile d’olive avait toujours fait partie des aliments de base en Kabylie. On ne pouvait concevoir un plat quel qu’il fût, sans huile d’olive. Alors laisser quelqu’un en manquer était aussi inconcevable et chacun se faisait un point d’honneur à faire goûter sa production. Personne ne mourait de faim au village car la solidarité était de mise.

                   Juste avant la fin de l’année, Hassen , Aichouche et Mohamed rentrèrent à Tizi. Ils avaient fait le plein d’huile et d’olives en conserve, celles que Dahbia faisaient autrefois manger à ses enfants accompagnées d’une galette bien chaude. Les deux en parlèrent avec nostalgie à Aichouche qui imagina sans peine et le goût et l’odeur de ce repas pour l’avoir elle-même apprécié dans son enfance.

                  Le soir, Aichouche enduisit le corps de son bébé du précieux liquide puis l’enveloppa chaudement dans ses langes. Elle aurait une peau magnifique plus tard, d’après les vieilles femmes. Quand Fetta l’emmaillotait enduite ainsi d’huile d’olive, la petite fille dormait d’un sommeil profond et il fallait que Aichouche lui mît le téton dans la bouche pour la réveiller. Ouardia alors, cherchant avidement le sein de sa mère se mettait à téter en ronronnant de plaisir comme un chat. Ce qui faisait rire tout le monde.

                 La nouvelle année arrivée, on reparla de la future femme de Mohamed. Il l’avait trouvée.

 

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