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Jeudi 15 Novembre 2007

           

Oui, il l'avait trouvée mais ses parents

                                                                             refusèrent de la lui donner car elle était trop jeune. C'était l'aînée d'une famille de cinq enfants dont le père, journalier, assurait difficilement la subsistance et dont la mère, épuisée par des grossesses trop rapprochées et plusieurs fausses couches dues au travail pénible des champs, était souvent malade. Ils avaient donc besoin de la petite qui n'avait que treize ans à l'époque pour l'aider au moins dans les tâches ménagères. Mohamed se résigna donc à attendre que son tour de se marier vienne.

                       Les mois s'écoulèrent avec quiétude malgré les vicissitudes de la vie. Ce n'était pas facile et Hassen, en plus de son travail chez Kohler, acceptait de menus travaux qui lui permettaient d'agrémenter la vie quotidienne de sa famille. Il était ainsi vendeur de sardines, d'oranges, de cacahuètes ou de tapis. Mohamed, lui, vendait plus volontiers les oranges pendant la saison. Il donnait tout son argent à Aichouche qui prélevait une partie pour les dépenses de la maison et mettait le reste de côté pour l'éventuel mariage de son beau-frère.

                      On fut bien vite en septembre et des nouvelles alarmantes venues d'Europe alimentaient les conversations dans les cafés et les places de la ville. C'était pareil dans les villages La guerre était imminente car un homme du nom d'Hitler avait envahi et occupé la Pologne arbitrairement. La France et l'Angleterre avaient déclaré la guerre à l'Allemagne. La France mobilisait ses citoyens et comme en 1914, la crainte de voir leurs meilleurs enfants être enrégimentés, avait saisi les anciens dans les villages. C'était des débats sans fin et pour la majorité, cette guerre n'était pas la leur. Hassen, lui, ne se sentait pas concerné. Aichouche pour sa part, avait peur car deux de ses frères pouvaient être incorporés et elle craignait pour eux. Bien que pour le moment, aucune rumeur d'appel ne se fît entendre, on se méfiait.

                       En octobre, on fêta le premier anniversaire de Ouardia. Elle marchait depuis un mois mais comme elle faisait ses dents, elle était assez chétive. Mais elle était aussi très sage et quand elle jouait elle babillait de façon charmante. Aini adorait sa petite-fille et quand Aichouche vaquait aux tâches ménagères, elle veillait jalousement sur elle. C'était elle aussi qui la berçait dans le grand « doh », sorte de hamac qu'on accrochait d'un mur à l'autre et qu'elle balançait infatigablement jusqu'à ce que le bébé s'endormît. Ouardia riait d'abord, puis elle gloussait et enfin tombait pour plusieurs heures dans un profond sommeil. Aichouche profitait de ces quelques instants de liberté pour rouler du couscous ou carder de la laine aidée en cela par Aini.

                      Les jours s'écoulaient doucement et Ouardia grandissait. Il fallait la surveiller de plus en plus car elle devenait turbulente. Non pas qu'elle fût méchante mais elle était plutôt espiègle et se cachait parfois dans des coins où il était difficile de la retrouver. C'était alors la panique. Etait-elle sortie de la maison ? Là était toute la question. On prenait soin de bien fermer la porte et jamais la petite n'était sortie mais avec les enfants qui peuvent se faufiler partout, on ne savait jamais. Ouardia donnait donc des sueurs froides à sa mère.

                        L'année 1939 s'acheva sur un mois de décembre particulièrement glacial. Chez Hassen on hibernait presque. On ne faisait que les gestes ou les déplacements nécessaires. Hassen se réchauffait au restaurant. Aichouche restait blottie avec sa fille devant la cheminée où fumait à longueur de temps une grosse marmite en terre cuite où bouillait une soupe à base de semoule, de gras de mouton salé et de pois-chiches. Le soir Hassen améliorait l'ordinaire avec les restes des marmites du restaurant. La vie devenait pénible et Hassen faisait tout ce qu'il pouvait pour les siens et même pour sa belle-famille qu'il n'oubliait jamais car c'était Aini qui apportait les fagots de bois sur son dos. Mohamed travaillait dans une épicerie et ne rentrait que de loin en loin à la maison. Aichouche couvait littéralement sa fille pour la protéger du froid.

 

                         

 

                     

          

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publié par reac dans: reac
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Commentaires

C'est quand la gloire, l'honneur, le nif et la dignité avaient un sens pour les riches comme les pauvres. Cette époque me rappelle les "bandits d'honneur" de Kabilye, des Aurès et de l'Oranie. Elle me rappelle aussi la provocation en duel qu'a lancée un député algérien à son homologue français au sein même du parlement.



Bien à vous.

Commentaire n° 1 posté par: Le fidèle lecteur. le 16/11/2007 - 11:15:54
oui vous avez tout à fait raison et pardon pour la "khalota" qu'il y a eu dans l'impression, c'est réparé.Amicalement, REAC
Commentaire n° 2 posté par: réac(site web) le 16/11/2007 - 11:58:40

Si j'avais à choisir entre les khalotas qui me concernent directement: administration, travail, bureaucratie, échelle des valeurs biaisée, cuisine, couture, courses, écriture... J'aurais choisi la khalota dans mon écriture. J'ai un ami qui a prouvé qu'il était vivant et tenez-vous bien, c'est un ami du maire!! Un autre a reçu une équivalence à son master de français passé en France. Régalez-vous: Magister en droit islamique, Université d'El Azhar/Egypte, c'était l'Equivalent.


Mes hommages.


  

Commentaire n° 3 posté par: Le fidèle lecteur. le 16/11/2007 - 17:03:32
eh oui! il y a des khalotas, comme ça, qui se discutent. Amicalement REAC
Commentaire n° 4 posté par: réac(site web) le 21/11/2007 - 10:43:52
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