Celui-ci n’admit pas que son frère pût lui reprocher quoi que ce fût et bouda plusieurs jours. C’était devenu deux étrangers sous le même toit. L’ambiance de la maison était lourde et tendue.C’en était insupportable. Aichouche ne laissait plus Ouardia jouer comme elle le voulait et e l’enfermait la plupart du temps dans la chambre où elle ne risquait pas de recevoir les taloches que Fatma lui envoyait sur le derrière traîtreusement .
Ce climat dura jusqu’à l’arrivée de Amar qui, fin décembre vint en permission pour voir sa famille. Il arriva un matin, quelques jours avant la nouvelle année et la surprise fut totale. Aichouche le trouva beau dans son uniforme de tirailleur et son passage dans le quartier fut remarqué. Chaque fois qu’il sortait une ribambelle de mioches piaillant et hurlant l’escortait. Il avait une permission de deux mois et Aini, aux anges, décida de le marier. Le jeune homme qui n’était pas prêt à cela fit la grimace mais il ne voulut pas contrarier sa mère. Cependant il demanda quelle serait l’heureuse élue. Aini lui parla alors de sa cousine Aldjia, fille de sa tante de Tighzart, un petit village haut perché en Kabylie et Amar accepta. Il connaissait les desseins de sa mère . Au fond elle avait peur qu’il ne se fasse tuer et elle voulait secrètement avoir des petits-enfants. Elle l’avoua plus tard à Aichouche en demandant pardon de ses mauvaises pensées. Le mariage se fit donc en janvier 1941. Aini était contente, elle ne serait plus seule chez elle. Le mois suivant Amar repartit en laissant Aldjia enceinte. Elle accoucha en octbre d’une fille, Ourida que son père ne vit qu’à la fin de la guerre.
En février 1941, Aichouche accoucha de sa fille Baya. Ouardia fut envoyée chez sa grand-mère qui aidée de sa belle-fille prit soin d’elle.
