Début mars, Fetta vint rendre visite à ses frères.Comme d’habitude, elle ne vint pas les mains vides. Aichouche eut droit aux œufs frais, à l’huile d’olive, au couscous, et Fetta avait ajouté une robe kabyle qu’elle avait fait coudre, des savonnettes et , luxe suprème ,une bouteille d'eau de Cologne que la femme d’un émigré lui avait apportée bien amicalement. Elle avait tricoté un joli pull pour Ouardia et cousu des langes pour Baya. Enfin elle offrit un élégant foulard de soie jaune à Fatma.
Fetta ne demeura pas longtemps à Tizi mais elle profita de chaque instant pour discuter avec ses frères et s’amuser avec ses nièces. C’est Fatma qui s’occupa de
Lorsque Fetta repartait la maison paraissait vide. On ne discutait plus car on ne s’unissait plus. C’était chacun chez soi et l’ambiance était morose. Le silence n’était rompu que par les cris des enfants qu’on faisait taire bien vite. Le seul moment gai de la journée était l’instant où Aini venait chez sa fille. Malgré son âge, Aini mettait de la gaieté dans la maison et son rire un peu nasillard était assez communicatif. A l’entendre, tout le monde se mettait à rire et on oubliait pour un moment les soucis et les divergences. Mais parfois elle se mettait à parler de Amar et ses rires se changeaient en plaintes que Aichouche finissait par ne plus supporter. Elle lui trouvait alors un prétexte pour la renvoyer chez elle.
En juillet, Hassen emmena sa petite famille au bled chez Fetta où Aichouche put se remettre véritablement de ses couches. Mohand son beau-frère ne voyait pas d’un bon œil ces visites qui l’excluaient de sa famille. Les petites profitèrent du bon air et de la nourriture saine qu’on leur donna. Ouardia grandissait très vite et elle avait une taille supérieure à celle des enfants de son âge. Elle aimait mettre les mains dans la semoule ou encore pétrir de ses petites mains le morceau d’argile que lui donnait Taklit. Voyant cela, Aichouche et Fetta pensaient que la relève était assurée et elles partaient toutes deux d’un grand rire imitées en cela par Taklit.
Les journées passaient ainsi heureuses et insouciantes mais l’heure du départ vint et la séparation comme à l’accoutumé fut pénible. Les filles de Fetta insistèrent pour garder Ouardia encore quelques jours, promettant que Laid la ramènerait lui-même à Tizi d’ici quelques temps. Malgré sa réticence , Hassen accepta de laisser la petite une huitaine. Puis le taxi s’éloigna. Aichouche pleurait dans la voiture au grand dam de Hassen qui n’en menait pas large lui aussi. Enfin, ils arrivèrent chez eux où ils trouvèrent Fatma avec sa mère et sa sœur. Pourtant, Mohamed avait promis qu’elles ne viendraient plus. Aichouche embrassa rapidement les trois femmes sans s’étendre en politesses et regagna sa chambre où elle donna le sein à Baya. Hassen , furieux, ressortit. Il avait besoin de prendre l’air bien qu’il fît très chaud.

Les petits peux et petits soucis du petit peuple en faisaient un grand peuple humble et digne.
Merci et mes hommages, madame.