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Lundi 07 Janvier 2008

                                OUARDIA (suite)

 

                                 La querelle fut violente entre les deux frères qui venaient à peine de se réconcilier. Mohamed jurait ses grands dieux qu’il ignorait la visite des deux femmes. Mais Hassen ne semblait pas l’entendre et criait encore plus fort. La dispute s’envenima au moint qu’il y eut un attroupement devant la maison. Les deux femmes étaient sorties de leur chambre et essayaient désespérément de séparer les frères ennemis. Puis la bataille s’essouffla avant que d’en venir aux mains et chacun  regagna son coin en grommelant les dernières insultes.

                               Pour se calmer les nerfs, Hassen prit Ouardia dans ses bras puis la fit sauter sur ses genoux, au ravissement de l’enfant qui gloussait de plaisir. Aichouche se rendit au coin cuisine où elle rencontra Fatma qui était venue préparer le souper de son mari. Les deux femmes s’ignorèrent superbement et vaquèrent en silence à leur occupation. Aichouche avait préparé une galette et une soupe de fèves que Hassen appréciait particulièrement. Quant à Fatma, elle emporta dans sa chambre une salade de piments arrosée d’huile d’olive et un pain de maison que sa mère lui avait apporté quelques heures auparavant. Le silence retomba comme une chape de plomb sur la maison.

                              La nuit fut calme et le lendemain, les deux frères ne se regardèrent pas. Hassen avait pris son café dans sa chambre. Il était sorti et avait vu son frère assis à la table. Il était passé près de lui en silence et avait refermé la porte de la rue brutalement. Aichouche entendit les chuchotements du couple puis la porte de la rue grinça de nouveau. Mohamed était sorti à son tour.

                             Vers le milieu de la matinée, Aini vint rendre visite à sa fille. Cela constitua une récréation qui détendit Aichouche. Comme d’habitude elle avait lavé la courette et s’était installée avec ses enfants et sa mère à l’ombre de la charmille. Elles déjeunèrent d’un couscous au lait que Ouardia adorait puis les fillettes repues s’endormirent. Aini aussi s’était assoupie. Aichouche méditait. On n’entendait que le bourdonnement des abeilles sur la treille naissante. Soudain des hurlements déchirèrent la quiétude du moment. Aichouche se leva précipitamment et ouvrit la porte de la rue. Il y avait un panier à salade devant la porte des Maamoun. Aichouche eut un coup au cœur et elle se sentit défaillir. Elle savait ce que signifiait ce véhicule de la gendarmerie. Les cris redoublèrent d’intensité et des voisines avaient joint leurs plaintes à celles de la famille concernée par le drame. Le fils de la maison, Ouahmed, à peine âgé de dix-neuf ans s’était fait tuer en Sicile et les gendarmes étaient venus prévenir la famille de l’arrivée imminente de la dépouille du jeune homme. La famille du défunt devait la récupérer elle-même. Aichouche pleura beaucoup car elle connaissait bien Ouahmed. Sa mère devait le marier mais l’ordre d’appel était venu contrecarrer ce projet. Aichouche pensa à son frère Amar dont elle n’avait aucune nouvelle et elle pleura de plus belle. Aini qui venait d’émerger de sa sieste avait rejoint sa fille à la porte. En entendant le malheur qui avait frappé les voisins, elle se mit à gémir comme si c’était son enfant qui était mort.

 

 

                                             

publié par reac dans: reac

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