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Vendredi 11 Janvier 2008

                 OUARDIA (suite)

 

               Tournant la tête, Aichouche aperçut Hassen qui arrivait. Elle poussa sa mère dans la cour et referma précipitamment la porte, non pas qu’elle eût peur des reproches de Hassen mais parce qu’elle voulait éviter un conflit inutile. D’ailleurs lorsqu’il entra dans la maison et demanda ce qui était arrivé chez les voisins, les deux femmes firent admirablment semblant de n’avoir rien entendu. Hassen se fit un devoir de les mettre au courant. Aussitôt aichouche et sa mère prirent un air de circonstance qui fit sourire Hassen sous cape. Il savait exactement à quoi s’en tenir avec elles et plus elles jouaient le jeu et plus il avait envie de leur rire au nez mais la situation ne s’y prêtait guère, c’était vraiment dramatique. Les obsèques de Ouahmed eurent lieu trois jours après. Une grande foule avait suivi le cortège et parfois des voix s’élevaient contre l’injustice qu’avaient subie le jeune homme et sa famille. C’était un martyr qu’on allait inhumer. De retour chez lui, Hassen raconta à Aichouche comment on avait de justesse éviter une émeute grâce à l’imam qui s’était occupé de la cérémonie. Les gendarmes avaient assisté à l’enterrement et avaient été pris à partie par la foule grondante de colère. L’imam avait calmé les esprits en citant quelques verset du Coran et interdit la violence dans ce lieu sacré qu’était le cimetière. Tout rentra dans l’ordre et la cérémonie se déroula sans plus d’incidents.

                      Les jours passèrent, monotones, d’autant plus que l’ambiance de la maison ne s’était pas améliorée. Heureusement, au mois d’octobre, Aldjia mit au monde une fille qu’on prénomma Ourida. Aini était un peu déçue car elle aurait voulu un petit-fils mais elle accepta bien vite le bébé qui mettait de la gaieté dans la maisonnée. Comme on ne savait pas où se trouvait Amar, on ne le mit pas au courant du fait qu’il fût père et Aini priait nuit et jour pour que son fils lui revînt en bonne santé.

                  Justement, à quelques temps de là, d’autres familles furent endeuillées et le quartier vit des processions mortuaires plusieurs fois de suite dans les mois qui suivirent.

                 L’année 1942 ne fut pas plus gaie que la précédente et les nouvelles qui venaient d’Europe n’étaient pas pour apaiser les cœurs. La France qui connaissait un désastre sur ses fronts se remit à mobiliser et ceux qui n’avaient pas été pris la première fois cette fois n’y échappèrent pas. Et de tragiques scènes de séparations eurent de nouveau lieu dans le quartier.Hassen qui était allé voir sa sœur à Tamight avait assisté à l’enterrement de deux cousins de son beau-frère dont on avait rapatrié les corps. C’était vraiment un temps  de misère.

               De retour à la maison, Hassen trouva Ouardia alitée avec une forte fièvre. Aichouche n’avait pas quitté son chevet. La petite était dans cet état depuis quatre jours et Aichouche s’efforçait de faire tomber la fièvre à l’aide de compresses d’eau fraiche et de tisanes de plantes que sa mère lui avait données. Rien n’y faisait. La fièvre tombait pour remonter aussitôt. Hassen fit venir Ouali, un infirmier de ses amis qui habitait Ardjaouna un petit village perché au dessus de Tizi. Il travaillait au Sanatorium proche de ce village et fréquentait régulièrement le restaurant de Kohler. Il détecta des taches rouges au fond de la gorge et sur les joues internes de l’enfant. C’était la rougeole mais tant que les taches rouges n’étaient pas visibles, l’enfant était en danger de mort.

              Le lendemain, Aini décida de prendre sa petite-fille chez un rebouteux connu de tout le monde aux alentours. Aichouche donna Baya à garder à Aldjia et partit avec sa mère. Aini avait attaché Ouardia qui geignait sur son dos et d’un pas alerte se dirigeait vers la maison de cheikh Amar n’Amar. Celui-ci , au premier coup d’œil sut ce qu’il y avait à faire. Il prit l’enfant avec douceur et lui passa ses mains sur la tête, sur les bras, sur les jambes. Il avait enduit la fillette d’un savant mélange d’huile d’olive et de plantes aromatiques dont il connaissait les vertus. Les deux femmes regardaient, anxieuses, ce rituel. L’homme leur conseilla de laisser Ouardia dans ses vêtements bien au chaud pendant deux jours. Il leur assura que tout irait mieux et en effet, la fièvre tomba, la peau de l’enfant s’était piquetée de rouge et Ouardia était sauvée. Les deux femmes respirèrent enfin.

 

                

 

 

                                             

                        

 

 

 

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Commentaires


Miserere, comme uarais dit Rabelais, vous n'omettez rien? Viviez-vous avec eux? Même les disputes sont rapportées. Seriez-vous  l'immortelle Amanda


Bien à vous.


Commentaire n° 1 posté par: Le fidèle lecteur le 13/01/2008 - 12:57:55

Miserere, comme aurait dit Rabelais...


Commentaire n° 2 posté par: Le fidèle lecteur le 13/01/2008 - 15:02:02
oui je n'omets rien mais vous savez dans une oeuvre entre " " le narrateur est souvent omniscient et omnipotent, je pense que je suis de ceux-là. Je sais tout, je vois tout et je m'introduis dans l'esprit de mes personnages. Quelle est la part de fiction? Quelle est la part de réalité? Mystère! Elles se chevauchent bien sûr! Vous l'aurez deviné! Amicalement!REAC
Commentaire n° 3 posté par: réac(site web) le 14/01/2008 - 13:39:21
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