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Dimanche 10 Février 2008

 

 

                                 Aichouche resta hospitalisée deux jours durant lesquels Aini se débattit avec les enfants dans une misère noire. Ouardia allait à l’école dans des vêtements qui n’en étaient plus. Le froid terrible avait eu raison de sa petite robe de soie et du tricot trop grand pour elle que sa grand-mère lui faisait porter pour se chauffer un peu. Les petits eux étaient toute la journée sous une couverture. Et la faim tenaillait tout le monde surtout les petits. Mohamed apportait parfois un poulet, de l’huile, quelques légumes  mais Fatma gardait la plupart de ces aliments chez elle. Lorsque Aichouche rentra à la maison, Aini lui raconta les faits. Aichouche savait qu’un jour elle arracherait les cheveux de sa belle-sœur. Aini la calmait en lui disant de patienter. Tout s’arrangerait bientôt lui disait-elle et la jeune femme qui rongeait son frein se résignait à rester calme. Bientôt la vie ne fut plus possible.Les enfants criaient de famine et Aichouche faisait des prouesses pour essayer de les calmer. Elle les faisait dormir la plupart du temps. Ils pleuraient puis tombaient, épuisés de fatigue et de faim. N’y tenant plus, elle envoya un de ses voisins du même village que Hassen chez Fetta. Quand Celle-ci apprit le drame elle envoya par le même émissaire une biquette et son petit, un couffin dans lequel elle avait mis du couscous, de la semoule, des fèves sèches et des œufs. De quoi faire un festin ! Mais Aichouche prudente usa avec parcimonie de cette manne providentielle. Elle savait ce que le manque de nourriture coûtait.

                           La biquette qui allaitait son petit allaitait aussi les enfants. Parfois, Achour allait directement à la mamelle de l’animal qui se laissait faire. Les enfants reprirent bientôt des forces et Aichouche qui en avait profité aussi, put bientôt reprendre le travail. Les sœurs ne lui donnèrent plus la lessive mais chaque jour elle faisait le parterre du presbytère à grande eau et le frère Paul lui donnait chaque fois un pécule qui lui permit de subvenir aux besoins de sa famille.

                         Un jour, Mohamed rentra à la maison avec des nouvelles de Hassen. Par l’intermédiaire d’un voisin qu’il avait rencontré à Roubaix, Hassen avait envoyé un peu d’argent à sa femme et lui avait fait dire qu’il viendrait sans doute en octobre pour quelques jours. Fatma qui avait vu les billets remis à Aichouche par son mari eut une réaction violente. Elle se disputa avec Mohamed, lui reprochant de ne pas travailler régulièrement, de n’être pas parti avec son frère et de la négliger car elle non plus ne mangeait pas à sa faim. Les jours suivants, elle ne manqua pas de se venger sur les enfants et surtout sur Ouardia qu’elle ne pouvait pas voir. C’était des coups en douce, un coup de pied parfois, souvent des crachats qu’elle lui lançait haineusement. La fillette ne comprenait pas pourquoi sa tante la martyrisait ainsi. Mais un matin qu’elle attendait le passage de la petite fille dans la courette, celle-ci précéda sa mère qui prit sa belle-sœur en flagrant-délit de violence. Elle avait allongé la jambe pour donner un coup de pied à Ouardia mais Aichouche fut plus rapide et c’est elle qui donna un coup de pied de toutes ses forces à Fatma qui se mit à hurler. Elle enleva son foulard brusquement et se mit à s’arracher les cheveux et à se griffer le visage. Aichouche envoya sa fille à l’école, rentra dans sa chambre et ferma sa porte. Fatma hurla ainsi pendant un petit moment puis ce fut le silence. De ce jour , elle ne toucha plus aux enfants de Aichouche.

                          Le ventre de Aichouche s’arrondissait et Fatma regardait avec envie ces rondeurs qui rendaient la jeune femme épanouie. Elle rentrait tristement chez elle et ne sortait plus que quand son mari arrivait. Elle avait voulu renouer avec sa belle-sœur à qui elle ne parlait plus depuis le coup de pied mais Aichouche estimait qu’elle avait la paix et l’évitait du mieux qu’elle pouvait.

                        Les beaux jours étaient revenus et la charmille était fleurie. Aini s’asseyait souvent avec ses petits-enfants sous le feuillage protecteur et les journées passaient sereinement.

                

 

publié par reac dans: reac

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