Les jours passèrent et Aichouche sentait le regard de sa belle-sœur sur elle chaque fois qu’elle traversait la cour. Elle respectait son beau-frère, c’était la seule raison qui l’empêchait d’attraper Fatma par les cheveux. Elle savait qu’elle n’oserait pas s’attaquer à elle, et pour ses enfants, elle l’avait avertie assez brutalement. Qu’elle laisse ses enfants tranquilles était essentiel pour Aichouche. Pour eux, elle était prête à tout. Mais Fatma se rendit bientôt compte de l’ambiance tendue et prit le parti de rentrer chez elle quand Aichouche occupait la cour pour une raison ou une autre. L’atmosphère se détendit alors et les enfants purent jouer tout leur saoul dans la courette redevenue leur terrain de jeux.
Aichouche attendit le mois d’octobre avec impatience. Elle se mit à compter les jours et sa mère lui en fit le reproche. Aini disait que tout ce qui arrivait était dû essentiellement à la volonté divine. Elle croyait fermement au mektoub, à la détermination des évènements. Mais rien n’atteignait Aichouche et elle continuait à manifester son impatience. Parfois elle faisait des crises de larmes inexpliquées. Elle devenait nerveuse; des angoisses la prenaient car elle imaginait des situations dramatiques dans lesquelles son mari était impliqué et n’avait pas le beau rôle. Aini en arrivait à souhaiter que Hassen emjambât d’un coup
Finalement, le mois d’octobre arriva. Aichouche avait communiqué son impatience à ses enfants et surtout à Ouardia qui comprenait mieux les choses. La petite qui aimait l’école n’y allait plus qu’obligée et forcée. Aini devait l’accompagner tous les jours et la poussait devant elle à coup de canne. Ouardia était la préférée de Hassen, peut-être parce qu’elle était l’aînée et la fillette l’adorait. Ils étaient très complices et ils passaient leur temps à rire de tout et de rien. L’enfant se mit à guetter autant qu’elle le pouvait le bas de la rue car son père viendrait de là.
Le 17 octobre au soir, un taxi s’arrêta devant la maison. Il était presque 21 heures et tout le monde s’apprêtait à dormir dans la maisonnée. Aichouche entendit de grands coups frappés sur la porte de la rue. Inquiète, elle ne bougea pas car ce n’était pas à elle d’aller ouvrir. Son beau-frère s’en chargea et Aichouche qui s’était levée pour attendre derrière sa porte entendit bientôt des cris joyeux. Ne tenant plus de curiosité, elle sortit dans la cour et vit des bagages jetés pêle-mêle sur le sol. Elle comprit tout de suite puis Hassen entra dans la cour avec un sac qu’il jeta lorsqu’il vit Aichouche se précipiter vers lui. Elle enlaça son mari qui fut très surpris de cet élan d’affection de la part de Aichouche qui d’habitude était très pudique. Il allèrent dans leur chambre où les enfants et Aini dormaient déjà. Aichouche voulut réveiller les enfants mais Hassen l’en empêcha. La surprise n’en serait que plus grande à leur réveil. Aichouche rentra les bagages de son époux mais elle remarqua le nombre de sacs qu’elle jugea élevé. Elle en conclut que Hassen n’était pas seul. A ce moment-là, Amar, son frère, sortit de chez Mohamed qui l’avait invité à entrer un instant chez lui. Aichouche poussa un cri et se jeta dans ses bras. Elle n’avait plus eu aucune nouvelle depuis sa dernière permission. Il n’était plus question de se taire. Elle réveilla tout le monde et surtout sa mère à qui Amar s’adressa avec émotion. Aini pleurait de joie.Ses pauvres yeux pouvaient à peine distinguer le fils qu’elle attendait de revoir depuis des années. Ses pauvres mains calleuses caressaient tendrement le visage buriné de l’ancien combattant qui ne retenait pas ses larmes. Elle le trouvait amaigri ce qui fit sourire Amar. Les enfants s’étaient levés et sautaient autour de Hassen qui ne savait plus à qui donner des baisers. Ouardia, elle, était aggrippée à son père comme à une bouée et Hassen lui passait doucement les mains dans les cheveux. Puis le calme revint et Hassen se mit à raconter leurs aventures non sans avoir donné à Aini des nouvelles de ses deux fils restés en terre étrangère. La bougie brûla longtemps dans le foyer des Ait-Ferrach.
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