OUARDIA suite
Le lendemain, la famille se retrouva au petit déjeuner. Ouardia pour l’occasion manqua l’école et restait encore suspendue au bras de son père. Une trêve avait été signée entre Fatma et Aichouche et on riait de bon cœur. Aichouche savait que cela ne durerait pas car elle avait remarqué le rire forcé de sa belle-sœur. Après le petit-déjeuner, Amar et Aini prirent congé car ils devaient se rendre à Tighzart pour récupérer Aldjia et Ourida, l’enfant qu’Amar ne connaissait pas. Aichouche embrassa avec ferveur son frère et sa mère et les accompagna du regard jusqu’à ce qu’ils eurent disparu au bas de la rue. Elle referma la porte les larmes aux yeux puis retrouva son époux et ses enfants dans la chambre. Les cadeaux avaient été distribués aux divers destinataires(sauf ceux de Fetta qu'elle emballa dans un grand foulard de soie rose) et Aichouche déballait le reste des bagages qu’elle rangeait au fur et à mesure dans un vieux coffre sculpté qui lui servait de garde-robe.
Après le repas de midi, les enfants s’endormirent pour la sieste. Aichouche qui voyait son mari soucieux lui demanda ce qu’il avait et Hassen lui raconta la vie qu’il menait avec ses beaux-frères à Roubaix. Il lui décrivit l’appartement sordide dans lequel ils vivaient.. Mais il hésita à lui dire que, non seulement il ne leur appartenait pas, mais qu’il était aussi habité par la maitresse de Amar et par ses trois enfants..Aichouche tomba de haut. Ainsi c’était à cause d'une femme que son frère ne donnait plus de nouvelles à sa famille ! Hassen lui raconta la rencontre aussi tragique qu’exceptionnelle des deux amants dans un camp de travail à la frontière polonaise où ils étaient prisonniers des Allemands pendant la guerre. La vie était dure et Hassen conseilla à sa femme de ne pas lui en vouloir. Hassen décrivit ce que Amar avait vécu dans ce camp et ajouta que c’était grâce à Angèle s’il s’en était sorti. Aichouche n’en voulut pas à son frère et promit même à Hassen de garder le secret. Si Aldjia devait connaître la vérité un jour, ce ne serait pas par Aichouche. Puis Hassen fouilla dans une sacoche en vieux cuir brun et en retira un paquet ficelé qu’il remit à Aichouche. Elle ôta le cordon, ouvrit le papier jauni et mit la liasse de billets de banque qu’il contenait sur la table.Hassen s’en saisit et compta les coupures. La somme était conséquente car Hassen faisait des heures supplémentaires et se privait de beaucoup de choses pour apporter le maximum d’argent à sa famille. Il préleva quelques billets qu’il plia et les remit à Aichouche. C’était la part de Fetta, sa sœur. Aichouche approuva. Après tout, Fetta était bien la seule qui se fût souciée de sa situation dans les pires moments de son existence. Aichouche demanda à Hassen quand il envisageait de les emmener avec lui, elle et les enfants. Mais il lui répondit qu’il ne le pouvait pas pour le moment car le logement qu’il occupait était invivable. Il n’était pas seul et il faudrait à Aichouche encore beaucoup de patience. De toute façon dès qu’il serait prêt à les accueillir, il viendrait les chercher. Qu’elle lui laissât juste un peu de temps, c’était tout ce qu’il lui demandait.
Hassen avait décidé de se rendre à Tamight le surlendemain et Aichouche approuva. De toute manière, sa mère n’étant pas là, rien ne l’empêchait de partir quelques jours avec les enfants. Avant de sortir de la maison, Hassen avait glissé quelques billets dans la main de Mohamed à l’insu de Aichouche. Mais cette dernière n’était pas dupe, elle se doutait bien que Hassen ne priverait pas son frère d’une manne providentielle. Et puis quelques jours plus tard, Ouardia dit à sa mère que son père avat donné des papiers à son oncle. Mais pas mauvaise fille, Aichouche n’avait rien dit contre ce don. Après tout son beau-frère la respectait énormément et elle le lui rendait bien. Donc, tout alla pour le mieux pour les deux familles.
Le lendemain, Hassen loua les services d’un voisin qui possédait une vieille traction-avant noire et partit à la grande joie des enfants chez sa sœur bien-aimée.
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