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Samedi 12 Avril 2008

                                         Ouardia suite

 

                       La route était plutôt une piste et au début, les enfants s’amusaient des soubresauts qui les faisaient sauter au plafond de la voiture. Ils riaient à gorge déployée, surtout Achour qui ne tenait pas en place au grand dam de sa mère. Puis ces mêmes soubresauts se firent à un rythme régulier et les enfants bercés par cette régularité  finirent par s’endormir. Aichouche  put enfin regarder se dérouler le paysage grandiose du Djurdjura. Le vert émeraude des forêts se mêlait harmonieusement à l’ôcre des roches et au bleu intense du ciel. C’était magnifique et Aichouche ne perdait pas une miette du spectacle que lui offrait la nature. Hassen et le chauffeur, après quelques banalités échangées pour essayer d’entretenir une conversation, étaient bientôt restés silencieux. On n’entendait plus que le ronronnement du moteur. Aichouche, elle-même finit par somnoler.

 

                    On arriva bientôt en vue du village et Aichouche réveilla les enfants. Ceux-ci reconnurent immédiatement les lieux et s’agitèrent, impatients de  courir dans les petites ruelles et de jouer avec les enfants qu’ils connaissaient bien. Au bas de la ruelle qui menait chez Fetta, Hassen lâcha Ouardia, Baya et Achour qui s’en allèrent en courant chez leur tante. Celle-ci parut bientôt devant la porte et faisait de grands signes. Enfin la voiture s’arrêta devant la maison et les retrouvailles furent joyeuses surtout pour Hassen et Fetta. Les neveux de Hassen se prépitèrent pour embrasser leur oncle. Puis ce fut le tour de Taklit, toujours fidèle à elle-même. Elle était devenue le pilier de la maison et la menait avec sa force tranquille . Enfin, Malha qui était en visite chez sa mère parut sur le seuil. Elle portait un enfant dans ses bras, son enfant. Elle n’avait pas vu Hassen depuis des années et elle l’embrassa, heureuse de le revoir. Hassen prit le bébé et le fit sauter dans ses bras ce qui fit rire le nourrisson et toute la famille d’ailleurs. Laid transporta les bagages à l’intérieur et tout le monde s’installa dans la grande pièce au centre de la maison. Les enfants étaient déjà en compagnie de leurs amis et ne vinrent pas tout de suite rejoindre les autres. Malha servit le café puis les hommes sortirent. Quelques voisines rentrèrent à leur tour et des piaillements remplirent la pièce. Les femmes discutaient, riaient, heureuses de se retrouver. On se passait le bébé de Malha, on le chatouillait, on le dorlotait.  Fetta regardait d’un œil ému, son petit-fils passer  d’une visiteuse à l’autre, en priant Dieu que le mauvais œil n’existât pas dans sa maison. Normalement, on cachait le petit garçon jusqu’à ce qu’il sortît seul de la maison et Fetta avait dérogé à la règle. Elle espérait simplement que toutes celles qui étaient là, n’avaient aucune malice dans le cœur. Elle s’en remettait à Dieu.

 

                              Peu après le départ des voisines, la famille se retrouva au complet autour de deux meidas, une pour les hommes, l’autre pour les femmes et les enfants. Le déjeuner était servi et se passait dans une cacophonie indescriptible. Mais cela ne dérangeait personne. Le bruit des enfants était sacré dans la famille et manger dans le silence n’était même pas envisageable. C’est Ouardia qui débarrassa les tables. Elle aida aussi sa tante Taklit qui lavait la vaisselle. Elle alla chercher de l’eau à la fontaine avec Malha. Ouardia s’amusa beaucoup avec les filles qu’elle y trouva, pour la plupart des amies d’enfance de Malha.

 

                               Après le repas du soir, toute la famille était réunie autour de Hassen qui ouvrit un sac et se mit à distribuer les cadeaux qu’il avait apportés. Il donna des pulls et des pantalons à Mouloud et à Laid, des foulards, du tissu et du savon à Taklit, à Malha et à Fetta. En outre, il tendit à Fetta une liasse de billets de banque préparés pour elle. Il n’omit pas de la remercier pour ce qu’elle faisait pour sa famille en son absence. Fetta pleura et embrassa son frère tendrement. Il avait toujours été son préféré car il était le plus jeune. Elle avait contribué à son éducation avec sa mère. Ils avaient des souvenirs d’enfance communs qu’ils n’hésitaient pas à ressasser dès qu’ils se voyaient , et c’était des rires qui n’en finissaient pas, à la surprise de ceux qui étaient là et qui ignoraient de quoi il s’agissait. La soirée se prolongea longtemps puis dans un dernier rire, on se sépara pour aller se coucher. Le silence régna de nouveau dans la maison.

 

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