OUARDIA (suite)
Les deux jours que passèrent Hassen, sa femme et leurs enfants à Tamight s’enfuirent très vite et déjà,il fallait repartir sur Tizi. Fetta pleura à chaudes larmes car elle ne savait pas quand elle reverrait son frère. La séparation fut douloureuse, les enfants refusaient de partir. Ils criaient, se tordaient et s’accrochaient aux vêtements des tantes et des cousines qui essayaient de les rassurer. Enfin, la voiture s’avança et Aichouche et les petits en larmes s’y installèrent. Puis Hassen embrassa ses neveux et s’assit à côté du chauffeur. La voiture dévala la ruelle en cahotant et rejoignit la route qui menait vers Tizi Ouzou.
A la maison, Hassen retrouva Mohamed et Fatma qui accueillirent la petite famille. Pendant leur absence, Aini était venue pour les voir mais elle était rentrée chez elle, déçue de ne pas les trouver . Hassen envoya Ouardia chez sa grand-mère pour l’inviter à venir. La fillette s’y rendit très vite mais en chemin elle rencontra ses camarades de jeux. Elle s’attarda avec elles puis elle prit ses jambes à son cou et courut jusque chez l’aieule qu’elle trouva assise devant la porte d’une voisine avec laquelle elle papotait. Elles revinrent vers la maison après que Aini eut prévenu son fils et sa belle-fille de son départ. Amar la récupèrerait plus tard dans la soirée.
Aichouche fut contente de revoir sa mère et le bonheur fut réciproque. Aichouche fit un couscous de fête et invita Fatma et Mohamed à manger. Ils vinrent de bon cœur car ces occasions étaient rares. Puis la veillée se passa à écouter le récit de la vie que menait Hassen à Roubaix. Il donna force détails de son existence avec ses beaux-frères et il arrivait à Aichouche de verser une larme quand il parlait de ses petits frères. Ils lui manquaient terriblement et Aini l’imitait souvent dans sa peine. Elle essuyait furtivement une larme qui ne coulait plus. Ses yeux étaient bien trop malades mais elle écoutait sans perdre un mot de
Les journées filèrent à une vitesse folle au point que le moment du départ fut là sans qu’on ne s’y attendît. Hassen avait l’impression que le temps s’était figé. Mais non ! On était fin octobre et il fallait songer à rentrer. Déjà, il était nostalgique de tout ce qu’il allait devoir quitter. Deux jours avant le départ, il se rendit chez Kohler. Celui-ci le reçut à bras ouverts. Il était content de revoir Hassen. L’hôtel n’avait pas changé, toujours le même mobilier désuet, passé de mode, à la limite miteux. Le restaurant avait l’air un peu plus décrépit. Kohler avait engagé un autre cuisinier et une dizaine de marmitons mais le restaurant avait perdu de son cachet. Hassen en était navré. Il prit congé de son patron avec l’intime conviction qu’il ne le reverrait plus jamais.
La dernière journée, Hassen la passa avec ses enfants. Il ne sortit de la chambre que pour faire le marché pour Aichouche qui, déjà, se sentait mal de savoir qu’elle se retrouverait de nouveau seule pour de nombreux mois. Hassen lui promit de faire son possible pour les emmener avec lui l’année suivante. Cela rassura un peu Aichouche mais ne lui enlevait rien de son mal-être. Pour s’occuper l’esprit, elle entreprit de faire les bagages de Hassen et comme d’habitude, elle lui mit quelques victuailles dans un sac. Il voulut refuser mais il se ravisa. Il se rappela que la nourriture qu’il avait emportée la dernière fois, lui avait servi sur le bateau. Cette fois donc il prit le sac avec plaisir.
Le lendemain soir, les deux hommes étaient sur le bateau qui les emmenait vers la France.
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