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Mercredi 16 Avril 2008

 

                                                 OUARDIA (suite)

 

 

 

 

                                  La  vie reprit son cours chez Aichouche après une petite déprime qui devenait habituelle quand Hassen partait. Ouardia était retournée à l’école et Aichouche voulait y inscrire Baya. Elle avait eu six ans en février. C'était le moment de la scolariser. C’est Mohamed qui s’en chargea. Le matin du 1er novembre 1947, Mohamed prit ses deux nièces par la main et se dirigea vers l’école. Les deux petites avaient des vêtements neufs et étaient pimpantes. Hassen leur avait apporté des vêtements pour la rentrée. Ouardia , en habituée, vantait les bienfaits de l’école à sa sœur qui n’en menait pas large. Apeurée, Baya suivait son oncle qui la tirait pour la faire avancer. Arrivée en vue de l’établissement, Baya émit des sons incompréhensibles et son pas se fit plus lourd. Puis elle commença à geindre et enfin elle pleura en poussant des cris. Cela gêna Mohamed mais il ne s’en laissa pas compter et la fillette dut, bon gré, mal gré, entrer à l’école. Il la confia à sa grande soeur après les formalités d’inscription puis s’en alla presque en courant. Le soir, quand les filles revinrent, Baya ne tenait pas en place et racontait avec force détails sa journée. Elle imita même le pas de l’oie que faisait sa maîtresse, madame Martinez, en marchant, ce qui fit rire tout le monde. Depuis, Baya devançait sa sœur pour se rendre à l’école.

 

 

                         La scolarisation des deux aînées soulagea quelque peu Aichouche dans son quotidien. Elle n’espérait plus qu’une chose : c’était que Hassen pût les emmener avec lui le plus tôt possible. Il le lui avait promis mais elle doutait surtout après lui avoir raconté la vie qu’il menait là-bas. Ses frères, elle en convenait, n’étaient pas faciles. Elle le savait pour avoir aidé sa mère à les élever. Surtout Ali ! Il était fantasque, indiscipliné, brouillon, à la limite sale. Il se complaisait dans le désordre et rien ni personne ne pouvait y changer quelque chose. Alors elle comprenait son mari et ne pouvait que le plaindre. Pourtant elle aimait profondément ses frères.

 

 

                          Novembre passa sans problème. L’hiver s’installait doucement. Cette fois, Aichouche était prête à l’accueillir. Les enfants avaient des vêtements et de bonnes chaussures. Le froid pouvait venir. Tout allait bien quand un matin, vers onze heures, Mohamed rentra à la maison accompagné d’un homme d’un certain âge , les cheveux grisonnants, bien vêtu. Il arrivait de France avec une mauvaise nouvelle : Hassen était hospitalisé. Aichouche éperdue se tordait les mains dans un torchon qu’elle avait utilisé. Mais l’homme la rassura tout de suite, il avait une pneumonie.Aichouche le regardait sans comprendre. Il ajouta que cela se soignait très bien et qu’en France, il y avait de bons médicaments. Il dit à Aichouche  que Hassen ne pouvait lui envoyer de l’argent ce mois-ci et qu’il fallait qu’elle patientât. Aichouche se résigna et remercia l’homme de s’être dérangé. Mohamed l’accompagna à la porte puis après un dernier salut navré, il partit. Mohamed essaya de consoler sa belle-sœur mais Aichouche rentra dans sa chambre sans un mot et reprit ce qu’elle faisait avant l’intrusion du visiteur. Elle paraissait calme mais ses gestes brusques démontraient le contraire. Sa mauvaise humeur aussi. Elle réfléchissait à ce qu’elle ferait sans cet argent providentiel. Pour le moment ça allait encore mais quand l’argent que Hassen lui avait laissé serait dépensé, comment ferait-elle pour nourrir ses petits ?

 

 

                        Deux mois passèrent pendant lesquels Aichouche dépensa avec parcimonie le pécule que son mari lui avait laissé. Cependant il ne dura pas et elle dut retourner la mort dans l’âme chez les Sœurs Blanches qui l’accueillirent chaleureusement. Aichouche laissait chaque matin les petits chez sa mère et Aldjia se faisait un plaisir de les recevoir. Malgré sa grossesse difficile, elle jouait gaiement avec les petits puis elle les faisait s’endormir en chantant de vieilles complaintes Kabyles qu’on chantait aux petits dans les villages pour les rassurer.

 

 

                        Enfin, en mars, Hassen envoya un peu d’argent par l’intermédiaire d’un camarade de travail qui rentrait voir sa famille. Aichouche respira mais ne s'arrêta pas pour autant de travailler.

 

 

                          

 

 

                       

 

 

 

 

 

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