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Vendredi 25 Avril 2008

                                             OUARDIA SUITE

 

                              Aichouche et Hassen passèrent plus de dix jours à nettoyer l’infection du nouveau foyer. Même les enfants s’y étaient mis et malgré le dégoùt qu’elle ressentait quand elle devait descendre et monter les escaliers pour jeter les ordures, Ouardia faisait le trajet dix fois par jour sans se plaindre. Le soir cependant, elle avait la nausée et il était impossible de lui faire avaler quelque chose. Aichouche voyant cela se demandait parfois si le jeu en valait la chandelle et regrettait alors son bourg natal si ensoleillé. Au bout du compte l’appartement fut propre et Hassen acheta de la vaisselle, de la literie et même un canapé. Oh ! Pas tout neuf mais il l’avait trouvé non loin de la maison chez un belge qui voulait repartir chez lui à Bruxelles et qui vendait ce qu’il avait de meilleur

 

                               Ali vivait chez sa soeur. Aichouche le considérait comme l’un de ses enfants et n’hésitait pas à lui faire une scène lorsque sa chambre était sens dessus dessous. Depuis toujours, son frère était brouillon et sale même. Mais jamais Aini n’avait réussi à le rendre propre. Aichouche savait d’avance que c’était peine perdue car,, elle n’était pas sa mère et elle n’avait pas la même patience. Un jour, excédée par l’odeur pestilentielle qui sortait de la chambre de son frère, elle se mit à crier au point qu’elle s’évanouit. Apeuré, Hassen  intima à son beau-frère l’ordre de faire ses paquets et de quitter la maison. Ce que fit Ali qui s’en alla vivre chez Lounès et Denise. Par chance ceux-ci habitaient non loin de là. La maisonnée respira enfin. Achour prit possession de la chambre de son oncle et n’en sortit plus. Aichouche dut jeter la paillasse de  son frère tant elle était infecte.

 

                              En octobre, Aichouche demanda à Hassen de scolariser les aînées. Il y avait non loin de là , une école primaire et Hassen s’y rendit pour se renseigner. Il y rencontra la directrice qui le reçut affablement. Elle n’hésita pas à inscrire les deux fillettes même si pour Ouardia, il était un peu tard. Mais vu les circonstances elle ferma les yeux. Hassen fit remarquer à la directrice que les petites ne parlaient pas du tout le français. Mais elle lui répondit que cela n’était pas insurmontable et elle plaça les deux sœurs dans la classe de Madame Paule, une brave institutrice qui se fit un devoir de faire rattrapper leur retard aux deux petites.

 

                             La voisine de palier de Aichouche était une petite bonne femme blonde, vive et enjouée qui avait apprécié la venue de ses nouveaux voisins. Josette, c’était son prénom, habitait l'immeuble depuis des années et travaillait en usine quand elle n’était pas en arrêt de travail pour maladie. Elle souffrait de rhumatisme articulaire qui la tordait. Mais malgré la douleur, elle restait égale à elle-même, un boute-en-train. Aichouche et elle devinrent vite de grandes amies et malgré le fait que Aichouche ne parlât pas un mot de français, les deux femmes entretenaient de longues conversations. Josette conseilla à Aichouche de placer Achour en maternelle et elle emmena elle-même le petit qu’elle inscrivit. Ouardia était chargée de le récupérer à la sortie de l’école. Ainsi chaque après-midi, Aichouche passait quelques heures chez Josette ou cette dernière allait chez Aichouche. Lorsque les enfants rentraient de l’école Josette s'en, allait.

                          Grâce aux efforts de Madame Paule qui les gardait après la classe, Ouardia et Baya,rattrapèrent leur retard scolaire. Madame Paule ne tarissait pas d’éloges sur les deux fillettes, surtout sur Baya qu’elle trouvait non pas plus intelligente mais plus motivée que son aînée. Aichouche s’amusait à entendre ses filles parler le français avec leur père qui voyait là une occasion de montrer son savoir.

 

                           Ouardia aidait sa mère au ménage quand elle n’avait pas école. Baya, elle, était plutôt paresseuse dans ce domaine et recevait souvent la trique quand elle rechignait à la besogne. Mais c’était Ouardia qui prenait en charge ses frère et sœurs lorque Aichouche était occupée à la cuisine ou à tout autre chose.

 

                           On était en décembre 1948 et l’hiver était assez rigoureux. Hassen possédait un poele à charbon qui tenait la maison bien chaude et le soir la famille se réunissait tout autour. Aichouche racontait alors des histoires que sa mère lui avait contées jadis et il était bien rare qu’elle ne pleurât pas dans ces moments de souvenirs.

 

                           Cette année-là, chez Josette, les enfants virent leur premier sapin de Noèl. L’illumination de l’arbre les avait laissés éblouis. Ils ne comprenaient rien aux rites que Josette suivait à la lettre mais ils étaient heureux. De plus,Josette avait placé sous le sapin les cadeaux que Hassen avait obtenus pour ses enfants à l’usine et le moment de la distribution resta un souvenir indélébile dans la mémoire des enfants emerveillés.   

 

                          

 

                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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