OUARDIA suite
Aichouche organisa bien vite
Hassen avait repris son activité à l’usine textile pendant que Aichouche pouponnait. Djoher et Chabane lui donnaient beaucoup de mal. Aini ne lui était pas d’un grand secours car elle était maintenant complètement aveugle. On l’avait emmenée chez un grand médecin qui leur avait déclaré que la cécité était irréversible et qu’il ne pouvait rien faire. Aini marchait à taton, d’un pas hésitant. Elle restait généralement au jardin dès qu’il y avait un rayon de soleil. Hassen lui avait aménagé un siège constitué de briques et de planches qu’elle avait appris à repérer. Elle s’y installait et demeurait là, à méditer, parfois à haute voix, parfois en silence. Mais dans ces moments, ses lèvres silencieuses étaient en perpétuel mouvement. Mais personne n’y faisait plus attention.Il n’était pas rare qu’elle s’endormît sur le siège et Aichouche venait alors la chercher pour la faire rentrer dans la maison.
Au cours de l’année, Hassen se rendit compte qu’il lui manquait quelque chose : une voiture. Mais il fallait passer l’examen pour obtenir le permis de conduire. Hassen ne se sentait pas la force d’en passer par là. De plus il avait partiellement oublié ce qu’il avait appris de la langue française et il avait honte de se présenter devant l’examinateur comme un ignare. Alors, Baya se mit en tête de lui apprendre les règles de conduite. Elle était patiente et s’amusait beaucoup des bévues de son père. Lui s’en réjouissait moins. Il était pressé de l’avoir ce permis de conduire et quand Baya riait, lui fulminait ce qui faisait rire encore plus la petite.
L’année passa très vite. La famille avait pris des habitudes qu’elle ne lâcha pas de sitôt. Hassen jardinait alors que Aichouche entretenait un poulailler et un clapier. Les volailles et les lapins venaient chaque dimanche enrichir le repas de midi ou du soir. Il était rare que Hassen achetât de la viande mais le jour de l’Aid, il n’omettait jamais d’acheter le mouton du sacrifice. A la fin de l’année, Hassen apporta comme tous les ans des coquilles au beurre, des chaussettes bien chaudes et des jouets que l’usine offrait rituellement à ses employés. A cela s’ajoutait une prime de fin d’année qui servit à l’acquisition d’un réfrigérateur. Ce fut un grand évènement qu’on fêta autour d’un bon repas. Ce fut également la première fois que Hassen emmena ses enfants chez Verel le marchand de chaussures. Chacun eut sa paire et tous les ans à la même époque Hassen se rendait au magasin de Verel pour chausser ses enfants.
L’année 1953 arriva et commença avec de bonnes nouvelles venues du bled. Mohamed et Fatma avait eu une petite fille et Aldjia et Amar un garçon qu’ils nommèrent Arezki. Hassen apprit le mariage de Laid avec une fille de bonne famille appelée Djedjiga et aussi que Fetta allait bientôt être grand-mère. Enfin la famille s’agrandissait et Hassen était particulièrement heureux pour son frère. Aichouche félicita Amar pour la naissance de son fils et fut déçue du peu d’enthousiasme qu’il mit à recevoir cette nouvelle qu’elle estimait merveilleuse.En avril Aichouche apprit qu'elle était de nouveu enceinte.
