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Dimanche 11 Mai 2008

                                     OUARDIA suite

 

                                  Djoher eut du mal à s’habituer au changement mais après la crise habituelle et deux, trois taloches de la part de Ouardia, tout rentra dans l'ordre.

                          Parfois, le dimanche, Aichouche recevait la visite de ses frères et Hassen était totalement exclu du cercle de famille. Ouardia qui voyait le manège en était ulcérée. Elle ignorait pourquoi sa mère se comportait de cette façon. Pour la fillette, être en France ne représentait pas le bonheur car pauvres comme ils étaient au bled, il lui semblait qu’ils étaient sinon plus heureux du moins plus unis. Elle rageait lorsqu’elle voyait son père sortir de la maison et se réfugier dans le jardin. Elle avait compris l’attitude de Hassen. Il était impuissant contre le clan qui se formait régulièrement et qui prenait possession de sa maison sans scrupule, en l’ignorant complètement. Du jardin, il entendait rire ses beaux-frères qui sans nul doute le narguaient. Hassen ne rentrait chez lui que lorsqu’ils quittaient la maison. Parfois , Amar venait le saluer et demeurait un moment avec lui assis sur le siège de Aini. Ils parlaient de choses et d’autres, et disaient souvent des banalités. Amar apportait invariablement avec lui un sachet de carambars qu’il distribuait aux petits, attachés à ses basques. Amar était celui de ses beaux-frères que Hassen appréciait le mieux mais les deux hommes n’entretenaient qu’une entente cordiale sans plus. Chaque soir, Ali s’invitait sous prétexte de voir sa mère. Alors, Hassen faisait mine de préparer son sac de travail puis il quittait la maison sans un mot et se rendait à l'usine. Ali qui se retrouvait seul avec sa sœur ne ratait pas l’occasion de le critiquer et il n’était pas rare que Ouardia se mêlât de la conservation pour protester. Aichouche la chassait alors et le cœur plein de rancune ravalée, Ouardia montait dans sa chambre et se mettait à pleurer. Dans ces moments de détresse, elle détestait ses oncles.Elle ne supportait plus cette ambiance de complot qui mettait comme une chappe de plomb sur la maison. Quand ses oncles étaient là, Ouardia étouffait et avait hâte qu’ils repartissent. Elle regardait son père avec pitié. Elle essayait bien de l’occuper par son bavardage mais elle y renonçait bien vite se rendant compte qu’il ne l’écoutait pas. Désarmée, elle le laissait en proie à ses réflexions. Elle allait vaquer à ses occupations le cœur serré, se demandant jusqu’où cette situation les mènerait

 

                                  Ouardia avait fort à faire en cette fin d’année. Le 6 décembre, Aichouche mit au monde une petite fille qu’on prénomma Nouara. Elle avait donné du fil à retordre à sa mère car elle était bien portante. Aichouche avait accouché à la maison et outre mademoiselle Georges et mademoiselle de Flandres, les deux sages-femmes, il y avait dans la salle à manger une voisine Marie Louise Gogibus qui venait parfois prendre le café avec Aichouche à la maison. Ses deux filles, Armelle et Emilienne, qui avaient le même âge que Baya et Ouardia, jouaient des journées entières quand elles n’avaient pas école dans la courette  de Aichouche. Armelle était au lycée alors qu’Emilienne était encore au collège.Les quatre jeunes filles étaient très amies. Marie-Louise qui cultivait la rhubarbe dans son jardin en faisait des confitures et apportait toujours quelques pots à Aichouche.

 

                               Après la naissance du bébé, Ouardia sut prendre les responsabilités de sa mère. Elle aurait été dépassée par les évènements si Marie-Louise n’était pas venue à son aide. La brave femme venait de bon matin pour faire  la toilette du bébé pendant que Ouardia s’occupait de sa mère. Puis Aichouche donnait la tétée à sa fille et s’endormait généralement peu après. Mademoiselle Georges était revenue trois jours après l’accouchement et avait constaté que Aichouche avait beaucoup trop de lait ce qui pouvait donner des abcés. Elle lui suggéra de recueillir le trop plein du précieux liquide pour les bébés abandonnés de l’hôpital.Aichouche accepta et la sage-femme revenait régulièrement munie d’un tire-lait et de plusieurs biberons stérilisés qu’elle remplissait. Puis elle s’empressait d’aller à l’hôpital pour nourrir les bébés qui hurlaient de faim dans leur berceau.

 

 

 

                           

 

                          

 

                       

 

 

 

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