OUARDIA suite
Djoher eut du mal à s’habituer au changement mais après la crise habituelle et deux, trois taloches de la part de Ouardia, tout rentra dans l'ordre.
Parfois, le dimanche, Aichouche recevait la visite de ses frères et Hassen était totalement exclu du cercle de famille. Ouardia qui voyait le manège en était ulcérée. Elle ignorait pourquoi sa mère se comportait de cette façon. Pour la fillette, être en France ne représentait pas le bonheur car pauvres comme ils étaient au bled, il lui semblait qu’ils étaient sinon plus heureux du moins plus unis. Elle rageait lorsqu’elle voyait son père sortir de la maison et se réfugier dans le jardin. Elle avait compris l’attitude de Hassen. Il était impuissant contre le clan qui se formait régulièrement et qui prenait possession de sa maison sans scrupule, en l’ignorant complètement. Du jardin, il entendait rire ses beaux-frères qui sans nul doute le narguaient. Hassen ne rentrait chez lui que lorsqu’ils quittaient
Ouardia avait fort à faire en cette fin d’année. Le 6 décembre, Aichouche mit au monde une petite fille qu’on prénomma Nouara. Elle avait donné du fil à retordre à sa mère car elle était bien portante. Aichouche avait accouché à la maison et outre mademoiselle Georges et mademoiselle de Flandres, les deux sages-femmes, il y avait dans la salle à manger une voisine Marie Louise Gogibus qui venait parfois prendre le café avec Aichouche à
Après la naissance du bébé, Ouardia sut prendre les responsabilités de sa mère. Elle aurait été dépassée par les évènements si Marie-Louise n’était pas venue à son aide. La brave femme venait de bon matin pour faire la toilette du bébé pendant que Ouardia s’occupait de sa mère. Puis Aichouche donnait la tétée à sa fille et s’endormait généralement peu après. Mademoiselle Georges était revenue trois jours après l’accouchement et avait constaté que Aichouche avait beaucoup trop de lait ce qui pouvait donner des abcés. Elle lui suggéra de recueillir le trop plein du précieux liquide pour les bébés abandonnés de l’hôpital.Aichouche accepta et la sage-femme revenait régulièrement munie d’un tire-lait et de plusieurs biberons stérilisés qu’elle remplissait. Puis elle s’empressait d’aller à l’hôpital pour nourrir les bébés qui hurlaient de faim dans leur berceau.
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