Les enfants et leur grand-mère attendaient chaque jour le facteur devant la porte dans l’espoir qu’il y eût une lettre venue du bled. Mais ils attendirent en vain. De toute façon, Hassen n’écrivait jamais, même quand il vivait seul en France. Il préférait envoyer des nouvelles par l’intermédiaire de ceux qui traversaient la Méditerranée pour rendre visite à leur famille.
Chaque jour pour tuer le temps, Ouardia et Baya faisaient le ménage à la maison qui n’avait pas besoin d’être nettoyée. Mais comme elles se languissaient de leurs parents, ce ménage devenait une échappatoire à l’ennui. Pendant qu’elles étaient dans la maison, Achour et Aini étaient dans le jardin. L’enfant prenait le tuyau d’arrosage et s’occupait des semis. Aini, elle, assise sur le socle en béton, lézardait au soleil. Quand Achour lui disait d’aller à l’ombre elle refusait arguant du fait que l’astre lui réchauffait les os. Achour abandonnait la partie sachant que son aieule était têtue. A midi, tout le monde rentrait chez Angèle qui leur servait le déjeuner, en général, de la carbonade dont Achour raffolait. Aini s’endormait aussitôt la dernière bouchée avalée et Ouardia faisait la vaisselle aidée en cela par Danièle qui ne rechignait jamais à l’ouvrage à l’inverse de Nicole qui se faisait prier.
A la mi-août, le ciel se couvrit comme il ne s’était jamais couvert. Des nuages bas et menaçants couraient dans le ciel et n’annonçaient rien de bon. Ouardia se rendit au jardin puis au poulailler où elle enferma les volailles piaillant dans la cabane dont elle ferma la porte au cadenas. Elle s’assura que les clapiers étaient protégés de
Le surlendemain la chaleur était moite et étouffante. La terre exhalait une vapeur oppressante presque irrespirable. On eût dit qu’elle respirait enfin après la longue période de sécheresse qu’elle avait endurée. C’était pénible et ce jour-là, on sortit peu. Mais Ouardia se rendit quand même à la maison paternelle. Là elle constata les dégâts que la pluie avait causés. Il y avait une gouttière dans les plafonds de sa chambre et de celle de ses parents. Le lit conjugal était trempé. Ouardia sortit les couvertures et les draps et les mit sur la corde à linge du jardin. Sa chambre avait eu plus de chance : c’était le sol qui était détrempé. Elle épongea l’eau puis elle descendit à la cave et la trouva inondée.Enfin, avançant péniblement dans le sol boueux, elle retourna chez Angèle qui avait constaté que sa propre cave était remplie d'eau.
