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Mardi 03 Juin 2008

               OUARDIA suite

 

La vie reprit son cours. Ouardia avait renoué avec ses travaux quotidiens : le ménage, les enfants. Elle s’occupait surtout de Djoher et de Chabane. Djoher était revenue de voyage traumatisée. Elle avait été agressée par des chats qu’elle avait taquinés alors qu’ils mangeaient des sardines. Elle en avait gardé des cicatrices aux bras et une phobie des félidés. Si elle était au jardin et qu’un de ces animaux le traversait par hasard, elle poussait des cris déchirants qui ameutaient même le voisinage. On la trouvait allongée sur le sol, le nez dans la terre et les bras sur la tête, au bord de l’évanouissement. Pendant ce temps-là, le chat passait dans une royale indifférence. On la ramassait, on la nettoyait, on la rassurait mais elle tremblait encore plusieurs heures après.

 

  Septembre arriva avec la rentrée des classes. Baya emmena Zhor à l’école de filles du Crétinier. Ouardia se chargea de Achour qu’elle laissa avec deux de ses camarades devant l’école Condorcet. Là, il y avait une cohue indescriptible dans laquelle les nouveaux et les anciens élèves se pressaient en se bousculant vers le portail béant. Ouardia, Chabane et Djoher se dirigèrent vers l’école maternelle où Madame Cauet, la directrice, accueillait chaleureusement les petits. Mais comme d’habitude, la séparation d’avec les mères était dure pour certains. Alors c’était des pleurs à n’en plus finir que  la bonne Madame Cauet essayait de calmer à coups de friandises. Ouardia n’eut aucun problème avec Djoher qui était plutôt heureuse de revoir ses amies. Il n’en fut pas de même avec Chabane qui rentrait pour la première fois à l’école. Madame Cauet le prit dans ses bras et conseilla à Ouardia de partir très vite. Elle se débrouillerait, habituée qu’elle était à vivre ces petits drames chaque année. Ouardia, le coeur gros en pensant à son petit frère en larmes, revint à la maison. Elle raconta à sa mère ce qui s’était passé. Aichouche, sans état d’âme, lui dit qu’il s’habituerait comme les autres. Puis elle s’en retourna vaquer à ses occupations. En effet, le soir, quand Ouardia récupéra les petits, le plus bavard fut Chabane. Il avait oublié sa petite crise du matin et racontait, en zozotant légèrement, les péripéties de sa journée. Ouardia riait de le voir si heureux.

 

           Dans l’après-midi, Aichouche seule avec Ouardia et Aini, leur avait un peu raconté leur séjour. Elle leur avait appris la mort de Amar, l’oncle de Hassen. Aini avait essuyé des larmes qui ne coulaient plus. Mais Ouardia qui connaissait bien son grand-oncle avait beaucoup pleuré. Elle avait demandé des nouvelles de sa femme Yamna et de sa fille Taous. Aichouche lui dit que Taous avait emmené sa mère qui vivrait désormais à Alger avec elle. Elle ne pouvait plus la laisser au village. Yamna n’était plus toute jeune et avait besoin qu’on s’occupât d’elle. Aini demanda des nouvelles de sa belle-fille et de ses petits-enfants. Aichouche avait remis à sa belle-sœur tout ce que son frère lui avait envoyé. Elle les avait trouvés tous en bonne santé et Aini essuya de nouveau ses yeux.

 

Septembre s’en alla, puis octobre. Début novembre, Hassen qui écoutait la radio et qui passait son temps à changer de station,  annonça aux siens que leur pays était entré en guerre contre l’occupant Français. Cette nouvelle alarma toute la famille et les amis. Pour la famille Ait-Ferrach , rien n’avait changé dans le quartier. L’attitude des gens vis-à-vis d’eux était restée la même. Ouardia était sensible aux évènements graves qui se déroulaient en Algérie et pensait beaucoup à ses tantes et à ses cousins restés au pays. Elle demeurait souvent tard le soir avec son père pour écouter les dernières nouvelles. Parfois, elle s’endormait la tête sur la table, épuisée par ses longues journées de corvées.

 

 

 

 

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